L'avis de... Karine Berger, directrice marchés et marketing et chef économiste d’Euler Hermes

« La récession a accéléré la perte de parts de marché des pays développés »

le 06/05/2010 L'AGEFI Hebdo

La crise économique et financière a-t-elle beaucoup modifié les équilibres industriels et commerciaux de la planète ?

En termes de production industrielle et d’échanges commerciaux, le centre de gravité bouge avec régularité depuis plusieurs années. Mais avec la récession, le phénomène de déplacement de la production des pays OCDE* vers les non-OCDE s’est aggravé et s’est franchement accéléré. En deux ans, il a réalisé un chemin qu’il aurait mis six à sept ans à parcourir sans les conséquences de la crise. J’en veux pour preuve que par rapport à la situation d’avant-crise que nous daterons de l’été 2008, le niveau de la production industrielle des pays de la zone OCDE est encore 8 % à 10 % en dessous. Une évolution à l’opposé de celle vécue par l’Asie dont la production est aujourd’hui supérieure de 15 % au niveau de l’été 2008. Dit encore autrement, les pays de l’OCDE ont perdu près de 5 points de parts de marché dans la production industrielle mondiale et 2 points dans le volume du commerce mondial.

C’est surtout l’Asie, et en particulier la Chine, qui tire la croissance des échanges de marchandises. Est-ce la montée en puissance d’un commerce intra-zone ?

Paradoxalement, les économistes ont beaucoup débattu à propos du découplage et de la plus grande autonomie des économies asiatiques avant la crise sans qu’il y ait un mouvement évident. C’est seulement aujourd’hui, avec la sortie de crise, que l’on peut évoquer un découplage des économies avec des croissances plus autocentrées et domestiques. C’est un mouvement de fond, structurel de la mondialisation. Cela dit, les liens de dépendance restent nombreux entre les zones, notamment par le truchement des courroies financières très mondialisées. Dans le cas de la Chine, en dépit de ses immenses réserves de change, le pays ne pourra pas autofinancer sa croissance domestique et, pour ce faire, devra recourir aux flux financiers en provenance de la zone OCDE.

Comment expliquez-vous que la désindustrialisation des pays avancés ne provoque pas de réactions protectionnistes notables de leur part ?

Tout est en place pour qu’un réflexe s’enclenche. Notamment aux Etats-Unis qui est un pays de tradition protectionniste. Mais rien ne se passe, sans doute parce que les économies sont trop imbriquées les unes dans les autres. Aujourd’hui, il est quasiment impossible de mettre en place des barrières douanières sans provoquer de réactions immédiates de la part des partenaires commerciaux.

*Organisation de coopération et de développement économiques

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