Les produits de trésorerie long terme font leur retour

le 04/02/2010 L'AGEFI Hebdo

La chute du rendement des Sicav monétaires régulières incite les investisseurs institutionnels à s’intéresser aux placements plus risqués.

Le constat est sans appel : les Sicav monétaires ne rapportent plus rien. Le coupable est clairement identifié : l’Eonia a chuté au début de l’été dernier pour évoluer depuis plusieurs mois entre 0,30 % et 0,40 %. A ce niveau, les Sicav de trésorerie régulière n’affichent qu’une performance de 0,68 % sur un an au 15 janvier 2010, d’après les statistiques d’Europerformance Six-Telekurs, et de seulement 0,07 % sur les sept dernières semaines. A peine de quoi payer les frais de gestion. La rémunération extrêmement faible des monétaires est un sujet d’inquiétude pour les investisseurs institutionnels et les entreprises en ce qui concerne leur poche de trésorerie.

Avant 2007, ces investisseurs se seraient naturellement tournés vers les Sicav dites monétaires dynamiques, considérées à l’époque comme presque aussi régulières que les autres, mais assurant une rémunération supérieure. La crise du subprime et ses conséquences sur certains de ces produits à l’été 2007 ont cependant refroidi le marché. A l’époque, plusieurs établissements comme BNP Paribas, Axa IM et Oddo n’ont pu assurer la liquidité de certaines de leurs Sicav, créant un traumatisme chez les clients.

Aujourd’hui, si l’offre de type monétaire dynamique, c’est-à-dire cherchant à battre des indices monétaires dans une enveloppe de risque prédéfinie et un horizon d’investissement plus long, existe encore, plus personne, ou presque, n’ose accoler le terme « monétaire » à celui de « dynamique ». Ecofi Investissement fait, à ce titre, figure d’exception : « Nous continuons à utiliser le terme monétaire dynamique pour désigner ce type de produits, même si certains sont devenus allergiques à cette expression depuis la crise du ‘subprime’, confirme Patrice Cordier, son directeur commercial. Nos commerciaux n’ont pas besoin d’artifices pour parler de ce sujet, sur lequel nos clients nous font confiance. » Cette société de gestion a d’ailleurs une expertise reconnue puisqu’elle a collecté 400 millions d’euros sur des produits de trésorerie longue en 2009, soit 80 % de sa collecte toutes classes d’actifs confondues, portant l’encours total à 8,7 milliards d’euros.

« Monétaire », terme réservé

Les autres sociétés de gestion sont beaucoup plus réticentes à utiliser le terme « monétaire dynamique », mais aucune autre dénomination ne s’est véritablement imposée pour l’instant. Dans la pratique, ces produits relèvent de l’obligataire court terme ou de la performance absolue. Ils sont classés, du point de vue de l’AMF (Autorité des marchés financiers), en obligation, en diversifié, ou parfois encore en monétaire, même s’ils devront quitter cette catégorie à l’issue de la nouvelle réglementation. De fait, cette évolution en cours sur les monétaires vise d’ailleurs à éviter de nouvelles déceptions sur la catégorie, en réservant le terme « monétaire » à des produits très courts (lire l’encadré).

Mais aucune de ces dénominations d’ordre technique plus que commercial ne laisse entendre le positionnement réel de ces fonds. « Nous utilisons le terme ‘trésorerie longue’ pour désigner les produits de performance absolue dont l’horizon d’investissement est compris entre 6 mois, pour les moins risqués, et 18 mois, pour les plus risqués, explique Nathalie Coffre, responsable de l’équipe performance absolue chez Amundi. Ils affichent bien un objectif de performance par rapport à un indice monétaire, mais dans un budget de risque précis, sans garantie quant à la régularité de la valeur liquidative. »

Outre la question de la dénomination, ces produits d’épargne longue compliquent aussi la tâche des investisseurs institutionnels qui ne savent pas toujours comment les intégrer à leur allocation d’actifs. « Nous avons des discussions permanentes avec nos clients sur nos fonds ‘absolute return’ que nous présentons comme des placements de trésorerie à long terme, confirme Véronique Cherret, responsable de la vente institutionnelle UK et Europe d’Aviva Investors. Ils hésitent à les classer dans leur poche de trésorerie ou dans celle des produits obligataires à court terme. » Une difficulté confirmée par Philippe Farhi, directeur général délégué de la Banque d’Orsay : « Certains de nos clients classent ces produits en trésorerie longue, d’autres en diversifié, d’autres encore dans leur poche de gestion alternative. »

Les produits de titrisation bannis

Autre conséquence de la crise du subprime, le temps des simili boîtes noires est révolu. Les produits de trésorerie longue n’avancent plus masqués. « Les investisseurs veulent comprendre quels sont les moteurs de performance des produits, confie Christophe Point, directeur commercial de Natixis Asset Management. Nous voyons de plus en plus de grandes entreprises demander des ‘reportings’ très détaillés sur les placements de trésorerie longue que sont les obligataires court terme, ainsi que certains fonds ‘absolute return’, et évidemment sur les fonds monétaires réguliers. Cette exigence de transparence est d’ailleurs tout à fait légitime, c’est pourquoi nous avons développé une offre de ‘reporting’ très détaillée. »

Du côté des moteurs de performance utilisés par ces fonds de trésorerie à long terme, les produits de titrisation de type ABS (asset-backed securities), à l’origine des problèmes de liquidité à l’été 2007, sont aujourd’hui bannis. Les clients ne veulent plus en entendre parler, le traumatisme de la crise étant encore dans tous les esprits. « Il est aujourd’hui impensable de revenir sur les ABS dans les produits de trésorerie longue, analyse Thierry Darmon, responsable adjoint de la gestion obligataire euro chez Amundi. Mais à terme, si les régulateurs mettent en œuvre une labellisation des produits de titrisation, on pourra envisager de les utiliser à nouveau comme un moteur de performance parmi d’autres. Le marché européen des ABS a surtout connu des dommages collatéraux par contagion avec la crise du ‘subprime’ américain. Il peut encore être une source de performance à condition d’être mieux balisé. »

Le crédit en première position

Pour l’heure, le principal moteur des placements de trésorerie à long terme reste, depuis l’an dernier, le crédit, pour des horizons d’investissement plus ou moins courts selon les établissements et les produits. Ainsi, Ecofi Investissements a complété sa gamme en novembre 2009 en lançant Ecofi 12 mois, dont l’objectif est de battre l’Eonia de 0,30 % sur un horizon de 12 mois principalement grâce à des stratégies sur le crédit. Son encours a atteint 250 millions d’euros en janvier. De nombreuses sociétés de gestion ont d’ailleurs développé leur offre sur ce créneau. « Les investisseurs sont déjà très présents sur le crédit, explique Philippe Farhi. Il nous semble aujourd’hui important pour eux de diversifier leur poche de produits de substitution au monétaire vers d’autres stratégies, comme l’alternatif. » Son fonds Orsay Arbitrages Actions vise Eonia + 2 % avec une volatilité inférieure à 5 % sur un horizon de 18 mois grâce à la mise en œuvre de stratégies d’arbitrage de fusions-acquisitions et de long/short actions.

La plupart des grandes sociétés de gestion de la place ont également développé des offres de trésorerie à long terme à base de stratégies alternatives, par exemple autour de l’arbitrage de courbes de taux comme Natixis Absolute Swap Arbitrage chez Natixis AM. Ce produit affiche un horizon de placement de 2 ans, à la limite haute de l’offre de substitution aux monétaires. Cet horizon long permet à certains institutionnels d’accepter un niveau de risque plus élevé. Mais pas toujours. « La grande clientèle institutionnelle ne cherche pas à prendre de risque particulier pour le placement de sa trésorerie, tempère Orton Cerasoli, directeur commercial Investisseurs Institutionnels chez BNP Paribas IP. L’essentiel de ces placements se fait sur les fonds monétaires réguliers. Lorsqu’il s’agit de placer de la trésorerie plus longue au-delà du monétaire régulier, les institutionnels s’orientent vers des produits de taux 6 ou 12 mois à capital garanti. C’est généralement à cette condition qu’ils diversifient leur trésorerie aujourd’hui. »

A lire aussi