Perte d’appétit de la Chine pour les titres du Trésor américain

le 25/02/2010 L'AGEFI Hebdo

Les économistes ne sont pas inquiets. Arrimer le yuan au billet vert impose à la banque centrale chinoise d’acheter de façon ininterrompue des actifs en dollars.

L’annonce a fait sensation. La Banque populaire de Chine et les fonds associés à la gestion des réserves de change du pays sont en train de vendre des titres du Trésor américain. Les autorités chinoises se sont délestées en novembre et décembre d’une quarantaine de milliards de dollars avec une détention de titres relevée par le département du Trésor auprès des primary dealers de 755 milliards, contre 800 milliards de dollars en octobre. Toujours sur la base de ces données, la Chine abandonnerait au Japon la première place du classement des détenteurs de Treasuries (770 milliards) ; ce dernier ayant lui-même perdu le rang de premier créancier de l’Etat américain en septembre 2008.

Tiraillements politiques

L’information a produit son effet et il n’en fallait pas plus pour alimenter les propos sur les premiers signes de lassitude et la saturation des Chinois pour les titres d’Etat en dollars avec des commentaires allant au choix de « l’indigestion » à la « perte d’appétit ». D’autant que ces ventes de titres américains (ventes de 38,8 milliards de T-bills pour des achats de 4,6 milliards de T-notes en décembre) arrivent à un moment où, aux traditionnelles tensions commerciales et monétaires, viennent s’ajouter des tiraillements politiques entre Pékin et Washington. Depuis plus d’un an, les Chinois font part de leurs craintes de voir le dollar se déprécier beaucoup trop et du même coup entraîner une dévalorisation de leurs portefeuilles de titres en dollars. La hausse du billet vert contre l’euro de ces deux derniers mois (lire page 12) devrait les rassurer. Il faut ajouter que le numéro un de l’obligataire public outre-Atlantique, la société Pimco, a émis courant décembre des doutes sur le niveau d’endettement futur des Etats-Unis, ajoutant qu’il préférait des pays aux finances plus saines.

Des chiffres incomplets

En fait, les statistiques des TIC (Treasury international capital) montrent que les ventes chinoises ne sont que le prolongement de la contraction des achats à l’œuvre depuis avril 2009. En tirer des conclusions définitives sur les réticences de la Chine désormais de continuer à financer les Etats-Unis par le biais du recyclage des excédents commerciaux en titres libellés en dollars serait toutefois aller vite en besogne. Ainsi, pour Patrick Artus, chef économiste de Natixis, il faut tout d’abord avoir à l’esprit que « les chiffres publiés par le Trésor américain sont incomplets. Ils sont rapportés par les ‘primary dealers’ ». Ensuite, précise Patrick Artus, « la banque centrale chinoise a pour habitude de passer par des places comme Londres et Hong-Kong. Les achats de ces places ne sont pas comptabilisées comme des flux chinois ». Enfin et surtout, « aussi longtemps qu’existera une parité fixe yuan-dollar, les autorités chinoises devront acheter du dollar sous n’importe quelle forme » pour tenir la devise chinoise arrimée au dollar, poursuit l’économiste. Même son de cloche pour les stratégistes de Société Générale : « Les données ne sont pas d’une grande qualité… et les derniers résultats ne marquent probablement pas le début d’une désertion des Treasuries par la Chine, et certainement pas des actifs libellés en dollars.« 

Certes, le solde commercial bilatéral entre les deux pays - nettement déficitaire pour les Etats-Unis - s’est réduit de moitié ces derniers mois et le déficit courant entre les Etats-Unis et la Chine a chuté de 35 % en 2009. Sans effet sur les réserves de change chinoises car comment expliquer alors qu’elles ont continué et continuent de croître très rapidement pour atteindre un total libellé en dollars de 2.400 milliards (55 % du PIB) fin 2009, soit 25 % de hausse en un an. La Chine n’est donc pas près de déserter le marché des titres d’Etat américains. Mais comme le dit un analyste, « la fête ne durera pas éternellement » pour les Etats-Unis.

A lire aussi