Entretien avec... Jean-Hervé Lorenzi, président du Cercle des économistes

« Une partie de nos retraites sera financée par de l’épargne disponible »

le 06/05/2010 L'AGEFI Hebdo

Quels enseignements majeurs retenez-vous du rapport du COR ?

Le Conseil d’orientation des retraites fait très bien son travail. J’ai toutefois un petit doute quant à la concrétisation de ses projections à 2050. Il est impossible d’anticiper au-delà de 2020-2030, tant en termes démographiques qu’en matière financière. Quoi qu’il en soit, il ressort de ces travaux que les besoins de financements de notre système sont importants. Sans remettre en cause la logique de répartition, une partie de nos retraites sera financée par de l’épargne disponible constituée au préalable.

Le débat sur notre système de retraites en cache-t-il un autre ?

La survie de notre système de retraites n’est pas le seul défi à relever. Il faut aussi combler le déficit de financement de l’économie. Paradoxalement, notre fort excédent d’épargne ne couvre pas la pénurie d’investissements. Engagés à court terme, les placements des ménages ne s’orientent pas vers les entreprises. Cette tendance va encore s’accentuer avec l’application des normes Solvabilité II, nettement défavorables à l’investissement des assureurs en actions. Celle-ci conduirait à un déficit d’actionnariat de 100 milliards d’euros d’ici trois à quatre ans. Effarant ! Surtout quand le débat majeur devrait porter sur les moyens qui garantissent la stabilité financière des entreprises. Le rendez-vous sur les retraites devrait inciter à réfléchir à des solutions permettant de faire coïncider les besoins de financement de ces dernières et les attentes des épargnants peu portés sur le risque et en quête d’un niveau de rendement honorable de leurs placements.

Comment orienter l’épargne long terme vers les besoins de financements des entreprises ?

Il faut travailler à toutes les solutions qui favorisent l’épargne long terme et le développement des entreprises. Il faudrait faciliter l’accès des particuliers aux émissions d’obligations d’entreprises, par détention directe ou indirecte via des OPCVM. Une idée serait de lancer et de développer des émissions garanties d’Etat afin de financer des projets de long terme. L’avantage d’un tel mécanisme serait de réduire la prise de risque de l’épargnant sans accroître la dette publique. Une autre solution serait d’augmenter la durée de vie des contrats d’assurance vie de huit à douze ans en offrant un avantage fiscal supplémentaire à ceux qui acceptent de bloquer leurs fonds plus longtemps. Suivant cette logique, les Perco et les autres mécanismes d’épargne salariale favorables à la détention à long terme de titres d’entreprises devraient être avantagés.

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