Dossier Forum de la gestion d'actifs

Les outils des fonds flexibles et de rendement absolu diffèrent

le 07/10/2010 L'AGEFI Hebdo

Ils recherchent la décorrélation mais les uns mettent en œuvre un moteur directionnel et les autres des stratégies alternatives.

La crise a montré que la corrélation historique entre risque et performance était devenu instable, y compris sur le long terme, résume Romain Boscher, directeur des gestions de Groupama Asset Management. Par ailleurs, les Sicav monétaires dégagent aujourd'hui des rendements marginaux. Ce double contexte a réveillé l’appétit des investisseurs pour les produits de performance absolue. » Depuis deux ans, les sociétés de gestion ont donc modernisé leur offre à performance absolue, dans l’espoir de séduire des clients désormais très prudents sur la gestion directionnelle (corrélée aux marchés).

Deux types de produits sont ainsi proposés, présentant des caractéristiques communes, mais aussi de nombreuses différences. Ainsi, les fonds flexibles se sont multipliés depuis fin 2008. Proches dans l’esprit des fonds diversifiés, sur le marché depuis des décennies, ils se caractérisent par une allocation d’actifs très dynamique. Par ailleurs, les fonds de rendement absolu proposent un certain nombre de stratégies de type alternatif mais sous format Ucits III (conformes à la directive OPCVM).

De grandes marges de manœuvre

Point commun, ces deux types de produits cherchent à obtenir une performance plus ou moins déconnectée de celle des grands indices de marché. « La gestion flexible et la gestion à rendement absolu se caractérisent toutes deux par une grande marge de manœuvre laissée au gérant, et par un univers d’investissement large », confirme Dominique Couasse, responsable du marketing d’Amundi pour la clientèle institutionnelle et la distribution externe. Loin, dans les deux cas, de la gestion benchmarkée à faible tracking error (déviation de la performance), très en vogue par le passé, notamment dans les grandes sociétés de gestion.

Mais des différences existent bel et bien entre ces deux catégories de produits. Ainsi, les produits flexibles mettent en œuvre un moteur directionnel, contrairement à leurs concurrents à rendement absolu qui peuvent, au choix, mettre en œuvre un effet de levier, ou au contraire vendre des actifs à découvert. « Les fonds flexibles jouent sur le curseur d’exposition au marché (de 0 à 100 %), tandis que les fonds de performance absolue de type Ucits peuvent s’exposer de -100 % à +100 % grâce à leur capacité à être vendeur net d'un actif ou d'un indice », précise Romain Boscher.

Des horizons différents

La différence des outils à disposition des gérants se répercute sur l’horizon d’investissement des produits. « Il est possible de construire des fonds de performance absolue ayant un horizon relativement court car le gérant peut mettre en œuvre des stratégies à court terme, par exemple avec de l’arbitrage entre plusieurs actifs, analyse Dominique Couasse chez Amundi. A l’inverse, les fonds flexibles cherchent à profiter de tendances de marché par nature plus longues. »

Cela ne signifie pas que, structurellement, l’une des catégories est plus risquée que l’autre. Mais cela se traduit par une nature de risque différente. « La gestion flexible cherche à profiter des hausses des marchés et à amortir les phases de baisse, résume Philippe Uzan, directeur recherche et allocation globale d’Edmond de Rothschild Asset Management. On peut donc dire que le degré de risque est évolutif sur un fonds flexible, puisqu’il dépend du degré d’exposition au marché, alors qu’il est plus stable sur un fonds à rendement absolu, qui cherche à délivrer une performance régulière, indépendamment du contexte général des marchés. »

Bien que plus réguliers par construction, les fonds de performance absolue ne peuvent cependant pas se substituer aux produits flexibles. Car en cette période de grande incertitude économique et financière, les investisseurs institutionnels donnent toujours une prime à la simplicité. « Dans le contexte post-crise et de mise en place de la directive Solvabilité II, les investisseurs institutionnels apprécient la lisibilité et la transparence des fonds flexibles, observe Philippe Uzan. A tout moment, ils peuvent avoir une image précise du portefeuille. »

A l’inverse, les fonds de rendement absolu sont souvent plus complexes, comme les techniques de gestion alternatives dont ils s’inspirent. « Certains investisseurs institutionnels expriment encore des réticences vis-à-vis des fonds alternatifs, même si elles s'estompent notoirement sous format Ucits. Ils se sentent plus à l’aise avec des fonds flexibles, plus simples dans leur logique de fonctionnement, et qui excluent normalement tant l'effet de levier que la vente à découvert », confirme Romain Boscher, chez Groupama AM, qui regroupe dans un même pôle de gestion, dit « à performance absolue », les deux types d’offres.

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