La parole à... Benoît Cougnaud, maître de conférences à l’Essec, associé d’Azurris, Risk Advantage

De nouveaux « stress tests » au cœur de la gestion d’actifs

le 25/02/2010 L'AGEFI Hebdo

La crise financière a souligné à quel point la réalité des marchés pouvait s’éloigner des représentations inférées des modèles et plus largement des approches quantitatives en période de turbulences. Trop souvent, comme sur les actifs titrisés, les modèles ont induit un sentiment de fausse sécurité et de fausse liquidité, bien plus préjudiciable que l’absence de modèle. Les pertes constatées ont ainsi très largement excédé les estimations de type Value at Risk (VaR). Cette défiance à l’égard des méthodes quantitatives explique l’intérêt renouvelé des superviseurs, comme des gérants de fonds, pour les approches plus qualitatives et intuitives, à l’instar des stress tests (tests de résistance, NDLR). Certes, ils ont d’abord été développés par et pour les banques en marge des modèles de VaR, mais il est désormais dans l’intérêt des gérants de s’appuyer davantage sur des dispositifs de stress-testing adaptés et renforcés.

Dans plusieurs textes publiés en mai 2009*, les superviseurs ont placé les stress tests au cœur des nouvelles exigences réglementaires. Ce nouveau cadre exige notamment que les simulations utilisées ne pèchent plus par excès d’optimisme, et que les stress tests constituent un outil réel de communication interne (vers les organes décisionnels) et externe (vers les superviseurs) en matière de prise de risques. Des chocs simultanés sur les prix des actifs et sur l’accès à la liquidité sont aussi désormais exigés. Enfin, les superviseurs s’offrent la possibilité de demander des stress tests ad hoc afin de tester la solidité de tout ou partie des agents financiers face à des chocs prédéfinis.

Face à la diversité des stratégies d’investissement, les stress tests peuvent être calibrés au cas par cas pour capter les risques propres à chacune d’elles. Les chocs les plus divers peuvent ainsi être explorés : chocs de décorrélation entre indices boursiers (similaires à ceux induits par Volkswagen sur le DAX en 2008), chocs de retrait des fonds en période de stress, chocs sur les hypothèses implicites utilisées au sein de chaque modèle. Les stress tests permettent au gérant de mettre son portefeuille à l’épreuve de tout scénario ou configurations de chocs lui paraissant mériter être exploré.

Pour répondre aux exigences d’un environnement incertain et de la réglementation d’après-crise, le dispositif de stress tests gagne à s’articuler sur trois niveaux de complexité croissante. Tout d’abord, les stress tests ciblés permettant de choquer un paramètre à la fois, ils constituent ainsi l’élément de base de tout dispositif de stress-testing. Ensuite, par combinaison, on peut en déduire des stress tests globaux mesurant l’impact de chocs simultanés et cohérents sur plusieurs facteurs de risques (par exemple, marchés et liquidité). Enfin, plus complexes, les stress tests à l’envers (reverse stress-tests) permettent, eux, de retrouver des chocs générateurs à partir d’un niveau de perte préalablement défini par l’investisseur. De nouveaux packages de stress testing fondée sur cette architecture ont ainsi été récemment mis sur le marché pour répondre à ces nouvelles exigences (voir l’exemple d’outil et d’architecture répondant à ces nouvelles exigences, Jump Stress-Testing Solution, ci-dessus).

Bien calibrés, seuls les stress tests permettent aux gérants de détecter en amont les concentrations de pertes ou de gains potentiels les plus significatives. Ils constituent alors à la fois un outil de suivi du risque et un assistant au pilotage stratégique des allocations. Dans un souci de fiabilité et de réduction des coûts de mise en place, le module de stress-testing gagne alors à se greffer sur les outils de suivi des risques existants. Les solutions adoptées doivent en outre privilégier en amont une forte modularité afin de répondre aux exigences d’évolutivité (pour les besoins opérationnels) et de transparence (pour les besoins des superviseurs).

*BCBS, Principles for sound stress testing practices and supervision - Mai 2009

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