Natixis AM élargit son champ d’expertises pour rebondir

le 07/10/2010 L'AGEFI Hebdo

Face à l’essoufflement du monétaire, la branche française de gestion d’actifs de Natixis s’internationalise en recrutant ou en s’alliant à d’ex-gérants d’Amundi.

Un an après leur annonce, les prévisions 2012 du « New Deal » de Natixis semblent déjà caduques dans la gestion d’actifs. Au sein du pôle français, qui représente 57 % des encours, « les objectifs de notre plan stratégique se heurtent aujourd’hui aux nouvelles conditions de marché et notamment à la baisse de taux courts qui impacte la gestion monétaire, très importante chez nous », reconnaît Philippe Zaouati, nouveau directeur général délégué en charge du développement de Natixis Asset Management (NAM). La structure faîtière Natixis Global Asset Management (NGAM), qui fédère l’ensemble des gestions du groupe, n’a pas retrouvé sa taille de 2007 malgré ses 532 milliards d’euros d’actifs gérés (à fin juin). Il en faudra 80 milliards de plus pour atteindre le niveau espéré fin 2012. Une opération d’envergure comme le rachat de Pioneer, sur lequel Natixis s’est positionné, l’aiderait à y parvenir, mais la mise en vente est suspendue aux décisions d’UniCredit, maison mère du gérant italien.

Un plan pluriannuel à l’étude

En attendant, NAM a entamé sa mue. Depuis un mois, son directeur général Pascal Voisin est secondé par Philippe Zaouati (arrivé en 2007 de Crédit Agricole Asset Management (CAAM) devenu Amundi). Il remplace à cette fonction Dominique Sabassier, parti chez Natixis Private Equity. Ce dernier est remplacé, en tant que patron des gestions cette fois, par un tandem : Ibrahima Kobar, jusqu’alors en charge de l’obligataire, chapeaute l’ensemble des taux, et Emmanuel Bourdeix, transfuge d’Amundi, prend la main sur les gestions actions, diversifiée et structurée. « La précédente organisation était le fruit de la fusion d’Ixis AM, incarné par Pascal Voisin, et de Natexis AM, dont Dominique Sabassier était le représentant, estime Philippe Zaouati. Pendant ces trois années, marquées aussi par la crise, nous nous sommes focalisés sur la création et le lancement de Natixis AM, avec une attention particulière sur la maîtrise des coûts. La réorganisation des gestions marque le point de départ d’une phase axée sur les investissements et le développement de nouvelles expertises. »

L’équipe remaniée planchera en novembre sur un plan pluriannuel, mais plusieurs lignes se dessinent déjà pour « réorienter la collecte sur des actifs mieux rémunérés ». Du côté des actions, « nous souhaitons évoluer de la gestioncore’ vers des gestions satellites à forte valeur ajoutée, notamment dans l’investissement socialement responsable, la gestion de conviction ou les actions émergentes, détaille Philippe Zaouati. Nous nous intéressons aussi à la gestion indicielle ‘intelligente’ et aux techniques permettant d’obtenir des profils de risque asymétriques ». NAM veut d’ores et déjà recruter des spécialistes des titres asiatiques et latino-américains… basés à Paris même si, au-dessus, NGAM « reste ouvert à plusieurs projets, notamment en Inde ».

Nouveaux bureaux européens

Dans les taux, NAM compte « déjà beaucoup de sang neuf », tels que quatre analystes high yield (obligations à haut rendement). Début octobre, Brigitte Le Bris, ex-Société Générale AM (absorbé au sein d’Amundi), a pris la tête d’un nouveau département dédié aux taux internationaux et devises. Deux de ses collègues, Sébastien Thénard et Clothilde Malaussene, l’ont suivie. La société élargit aussi sa palette via des partenariats, quitte à irriter la CGT qui défend la promotion des gérants déjà dans la maison. En juillet, NAM a pris une participation majoritaire dans une boutique créée par deux anciens d’Amundi (ex-CAAM). Basé à Londres et en cours d’agrément, H2O AM sera spécialisée dans la gestion global macro de devises et d’obligations internationales et émergentes. Selon Philippe Zaouati, ses fondateurs Bruno Crastes et Vincent Chailley « souhaitent se concentrer sur la gestion et ont donc besoin de notre support pour le reste », c’est-à-dire l’informatique et la distribution, exclusivement assurée par NAM et Natixis Global Associates, plate-forme de distribution internationale de NGAM.

Déjà présente dans cinq pays européens, celle-ci « va ouvrir d’ici à la fin de l’année des bureaux commerciaux en Suède, aux Pays-Bas et dans un deuxième temps en Espagne », annonce Philippe Zaouati. Dans un « marché français en attrition sur les institutionnels et marqué par l’aversion pour le risque des particuliers », la plate-forme doit aider NAM à porter de 5 % à 20 % la part des encours de ses clients étrangers. Un défi alors que les portefeuilles captifs (réseaux, CNP, etc.) représentent encore 70 % des actifs.

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