Dossier Forum de la gestion d’actifs

L’ISR n’a pas protégé les investisseurs de la crise

le 07/10/2010 L'AGEFI Hebdo

Ses performances sont néanmoins en ligne avec les fonds traditionnels, et ses encours ont plutôt mieux résisté.

Investir selon ses critères moraux aura-t-il était payant ? Autrement dit, le phénomène ISR (investissement socialement responsable) aura-t-il résisté à la crise ? « Les investisseurs particuliers estiment que la crise financière relève d'une crise de la morale, liée à l'absence de limites, résume Jean-François Descaves, président et directeur de la gestion de la Financière de Champlain. Ils se sont donc intéressés à l’ISR comme certains consomment bio. Par conviction. Le premier objectif de l'ISR n'est pas de battre le marché à court terme, mais de retenir les entreprises les mieux armées pour affronter les enjeux de demain. » Et qui deviendront sources de surperformance ultérieurement.

L’Edhec-Risk Institute s’est particulièrement concentré sur cet aspect et soulève, dans une étude présentée il y a quelques semaines, que sur 45 fonds socialement responsables distribués en Europe, 43 délivrent un « alpha négatif » (une sous-performance) et deux seulement un« alpha positif » et ce, de janvier 2002 à décembre 2009. Une durée d’observation relativement courte, estiment certains défenseurs du développement durable pour qui cette gestion s’apprécie sur le très long terme. Pour sa part, l'Edhec considère que ces résultats ne sont pas statistiquement significatifs et qu'on ne peut en conclure que l'ISR sous-performe. Mais à l'inverse, « la preuve de sa surperformance n’a pas été apportée, concède Christine Lebreton, gérante actions ISR chez Natixis AM (NAM). En procédant à une sélection ESG (environnement, social et gouvernance, NDLR) des valeurs, on prend le risque de s’éloigner des indices et donc de leurs performances. Ainsi, en 2008, dans l’univers SBF 120, il était pénalisant de ne pas avoir en portefeuille des actions Total, ou encore en 2009, des titres ArcelorMittal ».

Si, pour Hervé Guez, responsable de la recherche ISR chez NAM, le développement durable et autres concepts ISR sont créateurs de valeur sur le long terme, il est, dans l’immédiat, encore complexe « de jauger la surperformance ISR. Le risque est d’intégrer des indicateurs dont l’impact ne serait pas lié aux objectifs recherchés, met-il en garde. Si on retient comme indicateur les émissions de CO2, dans une approche globale, les banques auront tendance à être surpondérées au détriment des 'utilities' par exemple. Dans une approche sectorielle, on risquerait de privilégier des acteurs ayant la plus faible croissance d’activité, et non les plus vertueux dans leur politique de réduction des gaz à effet de serre. Il est encore trop tôt pour s’adonner à cet exercice. »

Décollecte relative

Malgré des performances relativement en ligne avec les fonds traditionnels selon Novethic (lettre de juillet), pour la première fois depuis deux ans, les encours des fonds ISR ouverts distribués en France enregistrent une baisse de 1,3 % sur le deuxième trimestre et s’établissent à 42,4 milliards d’euros à fin juin 2010 pour 305 fonds. A cela, deux raisons : la performance négative des marchés qui a pesé sur les encours des fonds actions (-1 milliard d’euros), et d’importantes décollectes, notamment sur les fonds monétaires, par définition fluctuants, qui accusent des retraits de 430 millions d’euros. « Par nature, le mouvement n’est pas stable en termes de collecte au regard de la transformation de nombreux fonds, notamment en 2010 », nuance Christophe Point, directeur commercial de NAM. Cependant, toujours selon Novethic, la baisse des encours ISR est inférieure à celles des OPCVM recensés par l’Autorité des marchés financiers (AMF) qui, eux, ont décroché de 4,7 % (contre -1,3 %). Il semblerait que la gestion ISR soit restée plus attractive pour les investisseurs.

Enfin, en termes de stratégie d'investissement, « l’approche 'best in class' est pragmatique pour tous, estime Jean-François Descaves. Elle ne pèse pas sur les entreprises, car elle fonctionne selon le mode déclaratif, ni sur les investisseurs, car elle englobe tous les secteurs, ni sur la performance car elle est plus ou moins corrélée à un indice ». Une certitude toutefois, la crise modifiera l’offre : Financière de Champlain passera en 2011 au tout ISR, et « si l’approche 'best in class' est particulièrement bien intégrée au paysage français, nous réfléchissons à nous orienter vers des biais sectoriels… plus assumés », confie Hervé Guez.

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