L'avis de... Charles Cronin, directeur Emea CFA Institute*

« L’exhaustivité de l’information est vitale »

le 29/04/2010 L'AGEFI Hebdo

Quels sont les principaux problèmes de protection des investisseurs dans le domaine de la gestion alternative ?

Le marché gagnant en maturité et se consolidant, la divulgation des informations aux investisseurs s’est améliorée, particulièrement pour les fonds les plus importants. Reste que la directive AIFM (sur la gestion alternative, NDLR) est un grand progrès. Elle est très claire concernant les règles de conduite du gestionnaire : obligation d’agir « honnêtement et loyalement, avec la compétence, le soin et la diligence qui s’imposent…, au mieux des intérêts des fonds alternatifs, des investisseurs et de l’intégrité du marché », que « tous les investisseurs » soient « traités équitablement », qu’aucun ne puisse « bénéficier d’un traitement préférentiel ». Tout cela est très positif. C’est la première fois que ces principes sont posés aussi clairement. Il faudrait les étendre à toutes les directives européennes en vigueur.

Quel autre progrès notez-vous ?

L’information des investisseurs et des régulateurs. Pour l’essentiel, on transpose à la gestion alternative le régime des OPCVM en le complétant sur le traitement préférentiel et les actifs illiquides. L’exhaustivité de l’information est vitale pour que les investisseurs décident de façon éclairée, y compris, par exemple, en tenant compte de la manière dont les gestionnaires sont payés. Les gestionnaires devraient aussi être tenus de divulguer toute condamnation, civile ou pénale, qui aurait frappé des personnels importants du fonds. Mais cela ne figure hélas pas dans le texte.

Considérez-vous que l’« évaluation indépendante » de la valeur du fonds soit utile ?

85 % de nos membres se sont prononcés en faveur d’une « évaluation indépendante par une tierce partie » et 78 % considèrent qu’un tiers - et non le gestionnaire - doit conserver le contrôle du processus d’évaluation. Les gestionnaires sont payés sur la base des actifs sous gestion avec, dans le secteur de gestion alternative, des primes de performance importantes. En même temps, ils informent les investisseurs sur la valeur de leurs investissements ; c’est une source majeure de conflits d’intérêts. Vous avez besoin d’un tiers libre d’un tel conflit et capable de dire : « Mon seul travail est de m’assurer que je peux certifier que la valeur des actifs est juste, que le modèle d’évaluation est juste et appliqué correctement ». Souvenez-vous de cet analyste financier, Harry Markopolos, qui avait fait la démonstration que les rendements promis par Madoff étaient mathématiquement impossibles et que personne n’a entendu.

*Center for Financial Market Integrity

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