L’euro reste surévalué vis-à-vis du dollar

le 25/02/2010 L'AGEFI Hebdo

A 1,35 dollar pour un euro, la monnaie unique demeure supérieure à sa moyenne de long terme.

L’amorce de la glissade de l’euro s’est enclenchée le 25 novembre 2009, au moment même où éclatait la crise de Dubaï. Marquant la reprise de l’aversion pour le risque, cet événement a signé le retour des investisseurs vers le dollar, valeur refuge. Dès lors, la dégringolade de la monnaie unique s’est précipitée : l’euro a chuté de 1,51 à 1,35 dollar, se dépréciant de 10 % par rapport au billet vert en l’espace de trois mois.

Les récents événements survenus en Grèce et leurs répercussions sur la dette des Etats périphériques constituent le principal facteur d’explication de l’affaiblissement de l’euro. En suscitant l’incertitude quant à la capacité et la volonté d’intervention des autorités gouvernementales et monétaires européennes, ces événements ont servi de stress test (test de résistance) grandeur nature à la solidité de l’union monétaire. « Pendant les dix premières années de la zone euro, on était conscients de ce trou noir que représentait l’absence de fédéralisme budgétaire, analyse Gilles Moëc, économiste de Deutsche Bank. Mais cela restait sans conséquence. Aujourd’hui, cette lacune de départ apparaît comme un élément de faiblesse important. » Les attaques spéculatives menées par les hedge funds contre l’euro sont venues se greffer dessus (lire l’entretien).

Plus récemment, le dollar a bénéficié de deux facteurs de soutien spécifiques : une aversion confortée pour le risque et une amélioration de la visibilité de la politique monétaire de la Fed américaine, tandis que de ce côté-ci, l’annonce de durcissements budgétaires chez les Etats membres - suite aux programmes remis par les Etats à Bruxelles - éloignait d’autant l’urgence d’un resserrement monétaire en Europe. La reprise économique aussi est apparue plus vive outre-Atlantique qu’en zone euro, avec une hausse du PIB réel de respectivement 1,4 % et 0,1 % sur le quatrième trimestre. « Même si elle a pris un coup du fait de la crise, la croissance potentielle reste de 2,5 % aux Etats-Unis, contre 1,5 % chez les Seize », rappelle Gilles Moëc.

Retour à la normale

Il n’empêche que malgré son repli, la devise européenne reste forte. « A 1,35 dollar pour un euro, il faut bien voir que la monnaie unique reste à un niveau élevé, supérieur à sa moyenne de long terme qui se situe autour de 1,15-1,20 dollar pour un euro sur sa première décennie, indique Laurent Bilke, économiste de Nomura. Je n’irais pas jusqu’à dire qu’il s’agit d’un retour à la normale de l’euro, mais dans toute la période de 1999 et 2007, il n’est jamais monté aussi haut par rapport au billet vert. » Les exportateurs européens peuvent ainsi se réjouir du répit qui leur est offert. Si les entreprises européennes réalisent les deux tiers de leurs échanges commerciaux intrazone, ce recul est toujours bon à prendre. « Les pays du cœur de la zone euro, tels que l’Allemagne, sont ceux qui vont le plus profiter de cet effet bénéfique, car ils ne pâtissent pas par ailleurs d’un effet contagion sur le renchérissement du coût de leur dette, estime Gilles Moëc. L’impact devrait se révéler toutefois plus marginal sur les pays périphériques, cet effet bénéfique ne suffisant pas à compenser leurs difficultés financières. »

A son niveau actuel, l’euro reste toujours supérieur à l’idée que les économistes se font du niveau de la parité euro-dollar sur le moyen terme. Un niveau d’équilibre qui peut être mesuré soit en parité pouvoir d’achat (PPA) - comme le prix d’un Big Mac en euros et en dollars - ou se rapporter aux balances courantes des pays. Il se situerait autour de 1,20 dollar pour un euro, d’après Gilles Moëc. Les économistes de Natixis situent pour leur part cette fair value de la devise européenne plus près de 1,30/1,35. « La situation est différente de celle de 2008, où la crise de liquidité était prépondérante », justifie Evariste Lefeuvre de Natixis.

Comment va évoluer l’euro à moyen terme ? Chez Natixis, on exclut une dégringolade de la monnaie unique en dessous de 1,28/1,30. Le financement des dettes publiques pourrait se retourner contre le dollar dans les prochains mois. « Sur le long terme, le problème structurel des finances publiques est plus aigu aux Etats-Unis que dans la zone euro dans son ensemble et la Réserve fédérale pourrait tarder à remonter ses taux directeurs, ce qui se révélerait négatif pour le dollar », anticipe Claire Dissaux, managing director chez Millennium Global, société de gestion spécialisée sur les devises à Londres. Si les finances publiques de la zone euro se sont fortement dégradées, elles se sont en effet moins creusées que dans les autres pays de la zone OCDE*. Entre 2007 et 2010, les déficits publics rapportés au PIB se sont creusés de 6,1 points dans la zone euro, 7,9 aux Etats-Unis, 10,6 au Royaume-Uni et 5,7 au Japon, et pour la dette de respectivement 14,6 points, 22,9 points, 30,2 points et 24,2 points. La suite de l’histoire nous dira si ce détail aurait échappé aux marchés.

* Organisation de coopération et de développement économiques

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