Les indices boursiers européens prennent des directions opposées

le 04/11/2010 L'AGEFI Hebdo

Depuis le début de l’année, l’attitude des investisseurs a profité au DAX et désavantagé les autres places concurrentes.

Chacun a repris sa liberté et son autonomie. Les indices boursiers européens évoluent depuis le début de l’année dans tous les sens. Au 28 octobre, le DAX allemand avait progressé de 11 % tandis que le CAC 40 avait baissé de 2,50 %, ce qui n’est rien au regard de l’Ibex madrilène qui avait chuté de 10 %. L’EuroStoxx 50, que l’on qualifiera de moyenne de la zone, se situait 3,7 % en dessous de la ligne de départ du 4 janvier.

Ce n’est pas une surprise si l’indice de la Bourse grecque, lourd de valeurs bancaires, chute de plus de 30 % après la crise violente sur la dette souveraine du pays au printemps. Mais des écarts de cette importance entre les grands indices boursiers de la zone euro sont rarement observés. « Le décrochage entre les indices a eu lieu entre mars et juillet. Depuis les écarts se sont stabilisés », fait remarquer Christian Parisot, chef économiste d’Aurel BGC. La réaction des fonds d’investissement internationaux à la crise grecque au premier semestre a été immédiate. « Ils ont toute de suite sous-pondéré les actifs en euros, ajoute Christian Parisot. Les flux restants sont allés sur l’Allemagne. La nouveauté, c’est le retour des arbitrages géographiques, par pays, et l’abandon de l’allocation sectorielle dans une zone euro homogène. A tel point que la volatilité sur les valeurs s’est affaiblie. »

Rétrécissement

De plus, les marchés actions font face à un rétrécissement des volumes d’ordre structurel avec avec le retrait, pour des raisons réglementaires, des investisseurs de long terme que sont les compagnies d’assurances et les fonds de pension. A l’instar du marché obligataire souverain, le marché actions allemand a joué un rôle de valeur refuge.

Autre facteur de divergence, la composition des indices défavorable à ceux qui font la part belle aux valeurs financières. « Volkswagen et Daimler font 4 % à 5 % chacun du DAX, note Vincent Ganne, analyste marchés chez IG Markets. Il y a une surreprésentation de l’automobile dans le DAX et une surreprésentation des financières dans le CAC 40 dont trois entreprises, Total, BNP Paribas et Sanofi Aventis, représentent le tiers de la capitalisation. » Valeur refuge, industrie, exportations, c’est le trio gagnant qui a donc amené le DAX à refaire le terrain perdu depuis le krach de 2008 et la faillite de Lehman Brothers. Ce qui est loin d’être le cas du CAC français (voir les graphiques) et des autres indices.

« La divergence des performances des indices doit aussi beaucoup au recours aux ‘trackers’ de la part des grandes sociétés de gestion », avance Christian Parisot. L’influence des ETF (exchange-traded funds) est importante, mais « pas au point cependant de déformer les indices », considère pour sa part Vincent Ganne. Autre facteur déformant, la concentration du secteur de la gestion financière, car il réduit les avis contradictoires et les idées d’investissement ; et par voie de conséquence renforce le mimétisme des acteurs, selon Christian Parisot.

« Les surperformances de certains indices ne sont jamais définitives », conclut Vincent Ganne. « Ce genre de mouvement ne peut être que temporaire et une inversion de la tendance peut aller vite », assure-t-il. Le ralentissement de la croissance dans les pays européens, l’appréciation de l’euro contre de nombreuses devises, et une politique monétaire moins accommodante sont susceptibles de modifier la donne sur les marchés actions. « La surperformance du DAX ne durera pas un an », affirme Vincent Ganne.

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