Le gouvernement britannique prend le risque d’étouffer l’activité

le 28/10/2010 L'AGEFI Hebdo

Son programme drastique de réduction des dépenses publiques le rend très dépendant de la politique monétaire de la BoE.

De l’avis général, les années 2010 seront pires que les années 80. Le plan de rigueur présenté le 2 octobre par le chancelier de l’Echiquier George Osborne à la Chambre des Communes touche dangereusement aux ressources vitales de l’économie britannique, avec des coupes massives dans les dépenses publiques qui pourraient bien faire des difficiles années de l’ère Thatcher un doux souvenir pour les Britanniques. La référence qui s’impose désormais est l’époque de la Geddes Axe, au début des années 20, du nom des « coups de hache » budgétaires qu’infligea Eric Geddes, alors président du Committee on National Expenditure.

La cure d’austérité prévoit 81 milliards de livres sterling d’économies d’ici à 2015. Parmi les mesures phares, l’Etat s’apprête à supprimer 490.000 emplois publics et à porter l’âge légal de départ à la retraite de 65 à 66 ans d’ici à 2020. Mais en termes d’emplois, les conséquences de la politique de George Osborne pourraient être bien supérieures au seul chiffre des suppressions dans le secteur public. L’Office for Budget Responsibility (OBR) et PriceWaterCooperHouse envisagent 1 million d’emplois en moins dans le privé et le public.

Face aux critiques d’un prix Nobel

Le seul satisfecit accordé au gouvernement provient du secteur financier. La British Bankers Association « se félicite de constater que le Chancelier tient à concilier la fiscalité et l’attractivité du Royaume-Uni en tant que centre financier mondial ». Une nouvelle taxe sur l’activité des banques permettra tout de même de lever 2,5 milliards de livres à partir de 2012.

L’objectif de la revue des dépenses budgétaires du gouvernement britannique est on ne peut plus ambitieux. La « spending review  » vise à faire passer le déficit public de 10,1 % du PIB pour l’exercice fiscal 2010-2011 à 1,1 % du PIB pour celui de 2015-2016.

« Le réduction des dépenses publiques représente pour l’année prochaine plus de 2 % du PIB réel. Il faut s’attendre à un net ralentissement de la croissance de 1,5 % cette année à moins de 1 % en 2011 », estime Caroline Newhouse-Cohen, économiste chez BNP Paribas. Les ménages britanniques seront les plus affectés avec un revenu entamé par la hausse de la TVA de 17,5 % à 20 % en janvier prochain et par la baisse des prestations sociales. « Logiquement, dans un environnement aussi incertain, les ménages devraient chercher à reconstituer leur épargne et à se désendetter », ajoute-t-elle. De plus, tous les pays de la zone euro se sont lancés dans des programmes de consolidation budgétaire, ce qui « pèsera sur la dynamique des exportations britanniques, la zone euro en absorbant le tiers », poursuit l’économiste.

Une des critiques les plus virulentes du plan Osborne est venue du tout nouveau prix Nobel d’économie Christopher Pissarides. Pour l’économiste, avec ce programme d’austérité, « le chancelier de l’Echiquier fait courir un risque superflu à l’économie pour la seule raison qu’il craint un risque souverain, lequel ne semble pas justifié ». A l’en croire, le gouvernement craindrait un scénario « à la grecque ». Il est vrai qu’avec les déficits publics actuels très élevés, la dette publique est en train de croître rapidement. Le seuil de 40 % d’un ratio dette/PIB a été franchi au cours de l’exercice budgétaire 2008-2009 et les projections gouvernementales anticipent un résultat de 69,4 % du PIB en 2014-15 (en définition Maastricht : un niveau de 83,1 %).

Parallèlement, les besoins de financement croissent eux aussi rapidement, sans pour autant décourager les investisseurs. Pour cause, le secteur bancaire, aujourd’hui quasiment nationalisé, trouve dans les gilts (les obligations d’Etat à 10 ans) de quoi se refaire une santé en jouant la courbe des taux d’intérêt. Mais c’est surtout la Banque d’Angleterre (BoE), avec sa politique de quantitative easing (QE) et d’achats de bons du Trésor, qui assure le financement du budget britannique. Une première phase de QE mise en œuvre en mars 2009 a permis d’acquérir 200 milliards de livres de titres d’Etat. La BoE détient le cinquième de l’encours des gilts en circulation, ce qui en fait le plus gros détenteur. Une seconde phase de QE doit bientôt démarrer pour un montant de 50 à 100 milliards de livres. Un tel degré d’implication dans les achats d’obligations d’Etat mène forcément à une forte imbrication de la politique monétaire dans la politique budgétaire et la politique de financement du Trésor. Cet état de fait va compliquer singulièrement la tâche de la banque centrale. D’autant qu’au sein du Comité de politique monétaire, des voix s’élèvent pour réclamer un arrêt du QE, voire une hausse du taux directeur, aujourd’hui à 0,50 %.

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