Dossier pays émergents

Une gestion de portefeuille hétéroclite

le 25/02/2010 L'AGEFI Hebdo

Face à des perspectives de gains séduisantes, l’offre est devenue pléthorique. Mais les gérants doivent composer avec des problématiques de risques élevés.

Les performances ont de quoi faire tourner la tête. Sur un an glissant, au 12 février 2010, l’indice MSCI Emerging Markets affiche +50,58 % (devises locales) et son cousin le MSCI Bric +57,92 %... Mis en perspective, ce rebond plus vigoureux que celui observé sur les marchés développés fait suite à un décrochage bien plus brutal. « Les pays émergents présentent beaucoup d’opportunités mais aussi pas mal de risques, lance Jeanne Follet, gérante chez Sinopia Asset Management. C’est un marché de flux, c’est-à-dire que la volatilité des investisseurs est plus forte qu’ailleurs. Ils y investissent en masse et n’hésitent pas, dès les premiers soubresauts, à retirer leurs placements. » Outre la forte volatilité de ces places boursières, il faut aussi compter avec le risque de change, « certaines monnaies étant fixées par l’Etat qui peut à tout moment décider de changer le taux », poursuit Gregory Taillard, directeur de l’ingénierie financière du même gestionnaire, sans oublier le risque politique où le pouvoir peut être exercé d’une façon toute « personnelle »…

Les promesses de surperformances offertes par ces économies en développement ont amené les sociétés de gestion à étendre leur aire de jeu. Initialement, investir dans les pays émergents consistait à être exposé sur quatre d’entre eux : le Brésil, la Russie, l’Inde et la Chine, jugés comme présentant la plus forte croissance et la plus importante solidité financière. Isolés, ils ont donné les désormais célèbres fonds BRIC. « Aujourd’hui, en raison d’une plus grande maturité des pays périphériques, les fonds ont tendance à élargir leur univers d’investissement au-delà de la zone BRIC », observe Gregory Taillard. « Néanmoins, ces économies périphériques présentent davantage de risques de faillites et nécessitent une très grande sélectivité et une parfaite connaissance de ces marchés, poursuit Astrid Fredericksen, analyste gérante chez Ofi. Les normes comptables y sont par exemple moins développées que dans les quatre grands pays émergents qui présentent de plus l'avantage d'avoir certaines de leurs entreprises cotées aux Etats-Unis par l’intermédiaire d’ADR (American Deposit Receipt, NDLR). »

Différents modes d’exposition

C’est pourquoi la maison de gestion a décidé, au travers de son fonds multigérant, OFI Multiselect Bric, de ne retenir que des gérants externes disposant d’antennes locales afin d’appréhender pleinement le tissu économique. Chacun d’entre eux est spécialisé dans une des quatre grandes poches (Brésil, Russie, Inde, Chine) et peut investir en dehors de ces marchés (Mexique, Thaïlande…). « Une latitude prévue dès le départ », poursuit la gérante, rendue possible par leur implantation locale. S’il s’agit ici d’un stock-picking discrétionnaire, d’autres, aux rangs desquels Sinopia AM, devant un environnement particulièrement complexe, ont jugé « nécessaire d’avoir une politique de gestion plus disciplinée », explique Jeanne Follet. HSBC Bric Market Equity Fund est un fonds de gestion quantitative dont les modèles de prévision et de risque facilitent l’anticipation des tendances. Et pour implémenter les décisions d’investissement, « nous avons à notre disposition, dans cet univers, des titres vifs, souligne Grégory Taillard, mais également des dérivés, qui permettent d’être exposé sur des marchés souvent fermés aux investisseurs étrangers ». Au rang desquels les Participatory-notes (certificats sur actions).

Loin de la gestion active, certains ont fait le choix d’approcher cet environnement par l’allocation d’actifs. « Une gestion globale de ces économies par un 'stock-picking' pur est un exercice difficile et nécessite d’importants moyens. C'est la raison pour laquelle nous préférons une approche par allocation pays », justifie Franck Nicolas, directeur de l’allocation globale et ALM chez Natixis Asset Management qui vient de lancer Natixis Actions Global Emergents, un fonds d’allocation géographique investi en ETF (exchange traded funds) pays, régionaux ou globaux, mais aussi quand cela est possible, sur des futures sur pays émergents. « Ce produit présente l’avantage d’une forte diversification », souligne-t-il. En revanche, certains indices, russe ou brésilien notamment, extrêmement concentrés, introduisent un biais. A chaque méthode, ses limites.

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