DOSSIER Financiarisation des matières premières

Genève, une place forte du négoce international

le 11/03/2010 L'AGEFI Hebdo

La ville suisse traite 40 % du commerce mondial. Plus de 80 % des exportations de pétrole russe y sont gérées.

La Suisse n’a pas de littoral et Genève est au bord d’un lac. Malgré ces contraintes géographiques, cette place est parvenue à se hisser au rang de pôle du commerce international, en ne cessant d’attirer des compagnies actives dans le négoce ou l’affrètement maritime, ainsi que des banques ou de petits gérants naviguant dans leur sillage.

Selon les estimations de la GTSA (Geneva Trading and Shipping Association), Genève traite 40 % du commerce international des matières premières. Céréales, graines oléagineuses, sucre, coton : la ville romande pèse lourd dans le commerce des soft commodities. Mais c’est surtout grâce au négoce de l’or noir que Genève peut aujourd’hui crânement défier Londres. « Nous estimons, détaille Geert Descheemaeker, secrétaire général de la GTSA, que 80 % à 85 % des exportations de pétrole russe sont gérées par des négociants installés à Genève. » Cette part s’explique par la récente présence des opérateurs russes Litasco (société de négoce de Lukoil) et Gunvor. De petites firmes, telles que Socar, ou les nord-américaines Sempra Energy et Koch Oil, y côtoient des sociétés comme Totsa (Total Oil Trading), Trafigura, Vitol, Mercuria ou Addax.

Trois atouts de poids

Dans les années 50, les grands céréaliers commencent à s’installer à Genève. Epargnée par la Seconde guerre mondiale, la Suisse offrait à ces compagnies trois atouts de poids : un réseau de télécommunications intact, le secret bancaire et la neutralité politique. Cargill débarque en 1956 ; aujourd’hui, le géant américain y emploie 600 personnes. Les autres ont suivi : Dunavant, Bunge, Louis Dreyfus (installation en 2006) ou Viterra (en novembre 2009).

Paribas a été la première banque à se lancer dans ces activités à Genève dans les années 70. Credit Suisse, Crédit Agricole et le hollandais ING en sont les autres grands acteurs. Des entreprises d’informatique sont aussi en train de développer des solutions intégrées pour huit banques de la place. « Sous la direction de la GTSA, annonce Geert Descheemaeker, nous allons mettre en place une plate-forme électronique qui pourra être utilisée par tous les acteurs des métiers du négoce. Avec les responsables crédits documentaires de ces huit banques, nous avons créé et validé un standard informatique. En juin, nous testerons ce système qui devrait être en place avant la fin de l’année. »

Le pôle regroupe aussi beaucoup de firmes d’armement maritime : le géant MSC (Mediterranean Shipping Company) dirige depuis Genève 384 bateaux. Pour compléter le tableau, la ville suisse abrite le numéro un mondial de l’inspection, la SGS (59.000 salariés). En ajoutant les experts et avocats spécialisés, ce secteur emploie 6.000 personnes au sein de 500 sociétés. Cela n’a pas échappé à Bernard Morard, doyen de la faculté des SES (sciences économiques et sociales) de l’université de Genève : « Nous avons créé un master en commerce international, financement de matières premières et 'shipping', et un diplôme 'post-grade' en commerce en matières premières, pour répondre aux besoins de cette branche. »

Il y a quinze ans, Genève se situait à bonne distance de Londres. Aujourd’hui, la ville suisse n’a plus à rougir face à la City.

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