L'avis de... Mathilde Lemoine, chef économiste de HSBC France

« La France profite plus de la dépréciation de l’euro que l’Allemagne »

le 13/05/2010 L'AGEFI Hebdo

Les PMI atteignent des niveaux record. Comment expliquez-vous cette accélération ?

Par un élément subjectif d’abord. Par rapport au niveau très bas atteint pendant la crise, les industriels ont l’impression que cela va beaucoup mieux. Cet aspect rebond est très important, mais reflète mal le niveau d’activité qui reste faible. On observe ensuite un effet de déstockage. Cet effet a particulièrement joué dans le secteur automobile.

Entre le creusement du déficit extérieur et l’affaiblissement de la consommation, la France semble avoir plus de mal que l’Allemagne ?

Ce qui est important, c’est de s’interroger sur le moment où les pays vont retrouver le PIB/ habitant d’avant la crise. Or, le PIB par tête en France a moins baissé qu’en Allemagne, donc l’output gap (écart de la production par rapport au PIB potentiel, NDLR) à combler est moins important de ce côté-ci du Rhin. Maintenant, n’oublions pas que le PIB français n’avait pas progressé en 2008 et reculé de 2 % en 2009. Autrement dit, même s’il progressait de 1 % en 2010 et de 1,6 % en 2011 - qui sont nos prévisions -, nous avons calculé qu’il faudrait qu’il augmente de 11 % en 2012 pour retrouver le niveau qui aurait été le sien sans récession ! Contrairement à ce que semblent penser les industriels qui prennent ce niveau d’avant la crise comme objectif, je considère pour ma part que l’on mettra du temps à retrouver le niveau de demande de 2007 et a fortiori le niveau tendanciel. C’est là que réside tout le problème des anticipations faites par les industriels interrogés lors des enquêtes. Pour l’heure, les ajustements ont principalement été réalisés par les stocks sans modifier les structures de production, car les entrepreneurs s’attendent à ce que l’activité retrouve son niveau tendanciel. Ils n’ont pas changé de paradigme. Or, en raison de la montée du chômage et du taux d’épargne, mais aussi du retour de l’inflation, le niveau de consommation de sortie de crise va être inférieur à celui d’avant-crise.

L’économie française profite-t-elle plus de la dépréciation de l’euro que l’Allemagne ?

Oui, en raison d’une plus grande sensibilité des exportations françaises aux variations de prix. Une dépréciation du taux de change effectif de l’euro de 10 % apporte 0,4 point de PIB en plus pour la France. Il n’y a que de cette manière que l’on peut compenser l’ajustement négatif que l’assainissement budgétaire nous impose.

Cette reprise sera-t-elle suffisante pour inverser la tendance sur le front de l’emploi ?

Non. Il faudrait une croissance du PIB de 1,5 % pour créer des emplois, ce qui ne se produira pas avant 2011.

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