Entretien avec... Laurence Boone, économiste de Barclays Capital

« Les Etats doivent mettre en place une stratégie de sortie budgétaire »

le 13/05/2010 L'AGEFI Hebdo

Comment interpréter le mauvais accueil des marchés financiers réservé au plan de sauvetage grec qu’ils attendaient pourtant avec impatience ?

Il faut bien voir que l’ajustement des finances publiques grecques d’ici à 2014, comme il est prévu à travers le plan de la zone euro et du Fonds monétaire international (FMI), est tout simplement exceptionnel pour un pays de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques, NDLR). Sur la période, il représente une réduction de 14 points de PIB du solde budgétaire. Et tout cela sans pouvoir utiliser l’arme de la dévaluation bien utile pour stimuler les exportations. Sans non plus pouvoir compter sur le soutien d’une baisse des taux d’intérêt. La tâche est difficile et les marchés se demandent s’il est possible de mener une politique aussi dure aussi longtemps. Le plan de sauvetage n’a pas levé toutes les incertitudes de ce point de vue.

Le cas grec va-t-il accroître la pression sur les déficits publics des autres pays de la zone euro ?

Pour l’instant, cela ne se traduit pas encore par plus d’ajustements dans les pays du cœur de la zone euro. A la périphérie, le Portugal, l’Espagne et l’Irlande ont déjà entamé des efforts d’ajustement. Mais ailleurs, en dehors de quelques pays d’Europe du Nord, peu de gouvernements ont eu à faire face à des ajustements budgétaires de grande ampleur. Cela devrait changer et l’on sera en mesure d’en apprécier les premiers effets lorsque les pays de la zone euro présenteront leurs projets de budget 2011 à l’automne prochain, et auparavant à travers les réformes des systèmes de retraite, notamment en Espagne et en France.

Ne craignez-vous pas que des remèdes de cheval en matière budgétaire entraînent la zone euro dans une rechute et une nouvelle récession ?

Il est possible d’éviter de replonger en récession tout en menant des politiques budgétaires restrictives. Tout d’abord, les gouvernements doivent mettre en place une véritable stratégie de sortie budgétaire concertée. Ce qui permettrait à la Banque centrale européenne de maintenir une politique monétaire accommodante plus longtemps. Ensuite, il faut mettre en œuvre les réformes structurelles dans les domaines de la concurrence, de la productivité… pour compenser le choc sur la demande par une élévation de la croissance potentielle. Mais pour l’heure, on n’entend pas beaucoup les gouvernements sur ces questions de stratégie de croissance.

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