Emmanuel Boussard, un gérant de « hedge fund » parisien

le 08/07/2010 L'AGEFI Hebdo

Cofondateur de Boussard & Gavaudan, il procède avec son comité d’investissement à une évaluation approfondie de chaque prise de position.

Il s’imaginait chercheur en mathématiques, il gère aujourd’hui un hedge fund. Normalien, Emmanuel Boussard, le président de Boussard & Gavaudan Gestion, s’est rapidement aperçu que « la recherche était une activité solitaire et relativement ingrate », et après avoir envisagé aussi de devenir un « serviteur de l’Etat », il se décide à traverser l’Atlantique pour faire ses premières armes dans le monde financier, fraîchement marié et déjà père de famille. En 1994, un Français lui donne sa chance chez Bankers Trust et, heureux hasard, dans la gestion de hedge funds pendant quelques mois, puis dans les dérivés de taux. Désireux de revenir en Europe et de parfaire son expérience, il entre en 1996 dans l’équipe dérivés actions de Goldman Sachs pour devenir responsable du compte propre actions Europe en 2000. Mais des ennuis de santé l’obligent à s’installer à Paris et après avoir assumé ses fonctions depuis la France pendant quelques années, il se décide à créer une société de gestion en 2002, bien que n’ayant pas véritablement, avoue-t-il, la fibre entrepreneuriale.

Arbitrages

C’est d’ailleurs Emmanuel Gavaudan, alors patron de la banque privée internationale de Goldman Sachs, qui réussira à le convaincre de franchir le pas. Le partage des rôles s’est donc naturellement opéré : à Emmanuel Gavaudan le développement commercial, depuis Londres à l’origine, puis désormais depuis Hong-Kong, et à Emmanuel Boussard la direction des investissements et en particulier de la gestion du fonds, depuis Paris. Car si un OPCVM actions (BG Long Term Value) a été lancé il y a cinq ans, sous la houlette de Charles-Edouard Joseph, le responsable de l’analyse fondamentale (lire l’encadré), l’essentiel des actifs de la maison franco-britannique, soit 1,2 milliard d’euros, sont logés au sein d’un hedge fund offshore. Un fonds d’arbitrage qui a recours à « tous les titres émis par les entreprises, ou ayant pour sous-jacent des actions ou des obligations, ce qui exclut les matières premières, les émissions d’Etat et les indices, car nous avons une approche micro et non macro, combinant une compréhension des entreprises, mais aussi des instruments financiers », détaille Emmanuel Boussard. L’objectif est ainsi de déterminer leur valeur relative et de générer du rendement en prenant des positions acheteuses ou vendeuses. Cette stratégie d’investissement se fonde sur l’expertise de deux équipes : celle de l’analyse fondamentale, dirigée donc par Charles-Edouard Joseph, ancien banquier d’affaires chez Goldman Sachs, et celle de la gestion, codirigée par Etienne Becker, précédemment trader dérivés de taux chez UBS puis trader dérivés actions chez… Goldman Sachs, un établissement dont près des trois quarts des collaborateurs sont issus.

Tests d’instabilité

« Nos huit analystes ont des profils internationaux car ils doivent avoir une très bonne compréhension des marchés locaux et de leurs entreprises, et connaître les événements qui affectent la valorisation des sociétés », précise Charles-Edouard Joseph. Spécialisés aussi par secteurs, ils doivent être en contact avec les intervenants de marché, vendeurs actions, analystes sell-side, afin de suivre chacun au plus près un groupe d’entreprises et, ajoute Charles-Edouard Joseph, d’« être capable de développer des points de vue, des convictions et d’apporter des idées d’investissement ». En complément, les membres de l’équipe de gestion, une douzaine de traders, sont spécialisés par marché et par instruments : les actions, les obligations d’entreprises, les obligations convertibles, les produits dérivés simples de type call et put sur les actions, les CDS (credit default swaps), voire les prêts bancaires (loans), les dividendes, le prêt-emprunt de titres, la volatilité actions… « Je m’occupe de la bonne implémentation de nos décisions d’investissement, c’est-à-dire de définir la taille de nos positions, la gestion et la couverture du risque, et l’ajustement en fonction des mouvements de marchés, décrit Etienne Becker, responsable du trading et codirecteur des investissements. De plus, j’ai un rôle direct dans la prise de décision en gérant certaines positions mais aussi en étant un des cinq membres du comité d’investissement auquel sont soumises toutes nos idées d’investissement. »

En effet, mis à part une poche de trading de l’ordre de 5 % de l’actif du fonds, gérée directement par l’équipe de trading, chaque opération est présentée par un tandem analyste-trader et doit être validée par un comité d’investissement ad hoc. Divers scénarios sont définis, afin d’évaluer le comportement de chaque instrument. Une espérance de gain et son risque associé par scénario sont calculés. « Il y a une partie très quantitative mais aussi une partie d’intuition pour quantifier la probabilité de survenance de chaque scénario, insiste Emmanuel Boussard. Nous faisons des tests d’instabilité des probabilités. » In fine, le comité d’investissement vote, au regard de la contribution du nouvel arbitrage à la profitabilité du portefeuille, mais aussi de sa contribution aux risques, car il doit avoir des qualités de diversification.

La construction d’une position est donc mûrement réfléchie et elle a vocation à être conservée sur une certaine durée. Aussi, au fil des années, Boussard & Gavaudan Gestion aura réalisé de nombreuses prises de participation, voire d’opérations de restructuration (GFI, Camaieu, Infogrammes, JazzTel, FCC et récemment Theolia). Et son président peut se féliciter d’avoir « noué un tissu de relation avec de nombreux dirigeants d’entreprise ».

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