Entretien avec... Patrice Robert, responsable de la table de négociation de Groupama Asset Management

« La directive n’a globalement pas amélioré la liquidité »

le 27/05/2010 L'AGEFI Hebdo

Les gérants institutionnels, surtout mobilisés sur les nouvelles contraintes de distribution, ne donnent pas l’impression de se mobiliser beaucoup sur la réforme de la directive MIF (Marchés d’instruments financiers) ?

Effectivement, mais cela avait déjà été le cas sur la première version du texte. Il se trouve que la consultation actuelle tombe aussi dans une période où les gérants ont d’autres préoccupations liées à la volatilité des marchés. Plus généralement, la directive MIF nous impose la « meilleure sélection » des intermédiaires, et ce sont donc plutôt eux qui sont en prise directe avec l’organisation des marchés... Même si les sociétés de gestion comme la nôtre (avec une table composée de six négociateurs) se préoccupent désormais de l’efficience des marchés.

Etes-vous satisfait des niveaux de liquidités et de prix d’aujourd’hui ?

La fragmentation des lieux d’exécution ne semble pas avoir tellement amélioré la liquidité. Elle en a en revanche compliqué la lisibilité, notamment parce qu’on n’a pas encore consolidé les lieux de compensation/règlement-livraison et surtout de reporting. La première révision importante de cette directive doit en effet porter sur l’harmonisation de l’information « post-trade », idéalement dans un seul lieu, au minimum dans le cadre d’un processus standardisé qui éviterait les oublis ou les doubles comptages.

Est-ce que les régulateurs proposent d’aller assez loin dans cette réforme en général ? Et concernant des systèmes comme les « crossing networks » en particulier ?

On ferait un grand pas en avant si on aboutissait globalement à mettre en place toutes les propositions d’harmonisation et de consolidation des données du Comité européen des régulateurs. Un settlement unifié comme aux Etats-Unis est encore une autre étape... Concernant les crossing networks des banques (donc au-delà de la négociation de « blocs » sur des dark pools transparents après coup), la plupart nous fournissent un rapport mensuel précisant bien les volumes croisés en interne. Mais l’idéal serait, comme certaines banques le proposent, d’avoir une transparence transaction par transaction afin d’être sûrs que c’est l’exécution de « notre » ordre qui a bien été ainsi optimisée...

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