L'avis de... Sophie Mametz, économiste de Natixis

« La dette japonaise est détenue à 42,5 % par les banques, dont la poste »

le 27/05/2010 L'AGEFI Hebdo

Le financement de la dette souveraine du Japon est-il assuré ?

Même si le ratio dette sur PIB du Japon approche le niveau élevé de 197 % en 2010, l’indépendance du pays vis-à-vis de l’extérieur le met certainement à l’abri d’un krach obligataire pour l’instant. Seulement 5,8 % de la dette publique est aux mains des non-résidents. Deux importants détenteurs domestiques de titres souverains et qui ont vocation à le rester sont les compagnies d’assurances et les fonds de pension publics. Ceux-ci en détiennent respectivement 19,9 % et 11,7 %. Mais la plus grande particularité de la cartographie de la détention de la dette nippone est le fait qu’elle soit détenue à 42,5 % par les banques, dont la poste japonaise.

La poste va-t-elle poursuivre ses achats de titres d’Etat ?

Sans aucun doute. Le gel de sa privatisation va dans ce sens. La première banque au monde en termes d’encours d’épargne gérée devait devenir une société totalement privée afin de diversifier ses activités financières. L’idée était de développer la distribution de crédit auprès des entreprises et les investissements en actions. La crise a remis en cause cette stratégie. Les perspectives boursières sont incertaines et la demande pour le crédit, qui s‘était déjà considérablement réduite pour remédier au surendettement des années 90, n’est pas près de remonter. A défaut, la poste nippone continuera d’investir dans les bons du Trésor. En 2009, la part des emprunts d’Etat japonais (JGBs) représentait plus de 79 % de son actif total. Le doublement de la limite des dépôts par personne, souhaité par le gouvernement du Premier ministre actuel, Yukio Hatoyama, devrait accentuer cette tendance. Cette large contribution au financement de la dette publique est aussi un moyen de limiter la hausse des rendements obligataires et de contenir le coût du service de la dette.

Une crise de la dette pourrait-elle venir d’un déficit de la balance des paiements ?

Je ne pense pas. Les excédents commerciaux sont importants, une donne structurelle. Les exportations progressent grâce à une demande asiatique dynamique. Par ailleurs, une stratégie est menée conjointement par le ministère des Finances et la Banque du Japon (BoJ), détentrice d’environ 7,5 % de la dette publique, afin de limiter la montée des rendements des titres émis. La justification est double : limiter les paiements d’intérêt de la dette et garantir la valeur de l’actif des investisseurs domestiques, tels que les banques, et l’épargne postale.

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