DOSSIER Caisse de retraite

La délicate allocation d’actifs des institutions de retraite

le 03/12/2009 L'AGEFI Hebdo

Sans procéder à une gestion actif/passif, les caisses doivent néanmoins anticiper les évolutions de la société et réaliser les bons placements.

L’enjeu est considérable. Le vaste chantier de la réforme des retraites fixé pour la mi-2010 permettra de mettre sur la table tous les sujets sensibles, y compris celui de l’allongement de la durée de cotisation et le délicat relèvement de l’âge du départ à la retraite. Et il devient urgent d’agir puisque, dès cette année, les régimes de retraite complémentaire Agirc-Arrco connaîtront pour la première fois depuis leur création un résultat technique négatif. Crise et augmentation du taux de chômage ont précipité un événement redouté en… 2015. Il s'agit désormais d'utiliser les fonds propres : dès le second semestre 2010, les caisses de retraite seront appelées en renfort. Tout l’enjeu pour elles est donc de réaliser les placements ad hoc en anticipation de l’évolution de leurs cotisations, de leurs prestations et de leur réserve.

Pas de passif

Or, contrairement aux mutuelles, compagnies d’assurances et autres institutions de prévoyance, les caisses de retraite obéissent au jeu du système par répartition et n’ont pas, à proprement parler, de passif à gérer. Néanmoins, une réserve, sorte de poire pour la soif, est constituée au fil de l’eau par chacune d’elles. Globalement, toutes caisses confondues (Agirc-Arrco), cette réserve est d’environ 57 milliards d’euros, soit une année de prestations à peine… « Pour pallier ce déséquilibre entre contributions (en baisse de 2 % en 2009) et prestations (en hausse de 5 %), les syndicats regroupés au sein de l’Agirc-Arrco, dans le cadre du paritarisme, peuvent décider d’agir sur le coût d’acquisition et la valeur du point, explique Pierre Richert, directeur financier du groupe Agrica, dédié aux entreprises et salariés du monde agricole. Autre mesure en anticipation des déficits, l’Agirc-Arrco demande à chacune des institutions de retraite d’adapter l’allocation et la nature des actifs. »

Pour déterminer l'allocation du portefeuille, il faut, pour les caisses de retraite, partir de l’existant, c’est-à-dire des affiliés en activité et des pensionnés. « Par ailleurs, nos projections sont fonction de l’évolution démographique mais également des lois de départ (changement de profession, inaptitude ou départ à la retraite), précise Etienne Stofer, directeur de la Caisse de retraite du personnel navigant. Nous anticipons également l’évolution de l’emploi par catégories de personnel (hôtesses de l’air, stewards, pilotes du transport et du travail aériens…). Notre conseil d’administration valide ensuite ces hypothèses qui impactent mécaniquement, dans les simulations, les embauches. L’évolution des carrières, des rémunérations, des pensions, du taux de placement des réserves, ainsi que l’évolution du plafond de la Sécurité sociale sont les principaux autres paramètres permettant d'établir les flux prévisionnels des cotisations, des prestations et le produit des réserves. »

In fine, les portefeuilles sont assez différents. Alors que la Caisse de retraite du personnel navigant alloue 20 % de son fonds à l’immobilier en direct, Agrica n’en possède pas, tout comme AG2R qui, pour sa part, a dédié environ 50 % de son allocation aux actions, contre une moyenne de 25 % à 30 % pour les autres institutions de retraite. Si les sociétés de gestion peuvent offrir des solutions globales dans le cas de régimes de retraite supplémentaires tels que plans d’épargne, Perco, retraites chapeau… « en revanche, concernant les caisses de retraite, nous n'apportons qu'un savoir-faire en gestion », souligne Christophe Point, directeur commercial de Natixis Asset Management qui représente près de 15 % d'un marché délégué de la retraite estimé à environ 100 milliards d’euros.

A lire aussi