L'avis de... Louis Kuijs, économiste à la Banque Mondiale, bureau de Pékin

« Les Chinois sont pragmatiques avec les banques étrangères »

le 14/01/2010 L'AGEFI Hebdo

La crise que nous traversons a-t-elle eu un impact sur les réformes de l’économie chinoise ?

Cette crise a requis beaucoup d’énergie de la part des dirigeants politiques afin d’apporter une réponse à court terme, mais je ne pense pas que cela ait fondamentalement changé les perspectives et le sens des réformes. Il n’y a aucune indication suggérant une remise en cause du rôle de plus en plus important que joue le marché dans l’économie. Au contraire, les autorités ont toujours dit que la crise devait inciter à compenser la faiblesse des exportations en tirant plus de croissance du marché intérieur. Le message a été fortement relayé, et on peut dire que des réformes structurelles ont été engagées en faveur d’un rééquilibrage, même si plus doit être entrepris.

Y a-t-il eu un impact spécifique pour les institutions financières étrangères présentes en Chine, ou désireuses de l’être ?

L’une des conséquences est d’avoir déclenché un basculement assez remarquable pour ce qui est de l’identification du risque. Lors du déclenchement de la crise, les régulateurs chinois ont demandé aux banques de faire preuve de précaution dans le choix des partenaires étrangers. Ce genre de propos tenus dix ans plus tôt auraient résonné étrangement ; cette évolution est très significative. Bien sûr, cela s’est passé au summum de la crise. Je pense que les régulateurs comprennent que les institutions financières occidentales détiennent une expertise et ils savent que la seule façon d'obtenir le transfert de cette connaissance est de travailler avec elles. En conséquence, je crois les politiques chinois assez pragmatiques pour vouloir continuer à collaborer. Mais il est vrai que l’actuelle force financière des banques chinoises et peut-être même plus la confiance qu’ont les dirigeants dans leur secteur financier ont d’une certaine façon changé ce qu’on pourrait appeler leur bargaining position. Il y a toujours de nombreux types de transactions bénéfiques pour les deux parties et elles devraient se poursuivre, mais aujourd’hui, le rapport de forces est différent.

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