DOSSIER Financiarisation des matières premières

La CFTC américaine entend brider la spéculation

le 11/03/2010 L'AGEFI Hebdo

Après une décennie d'impuissance, l'agence revient sur le devant de la scène avec l'ambition de contrôler les opérateurs.

Les marchés des matières premières sont désormais dans le collimateur du régulateur américain. En infligeant, le 24 février dernier, une amende de 130.000 dollars à UBS, l'agence en charge de ces marchés, la CFTC (Commodity Futures Trading Commission), a montré sa détermination à les encadrer plus sévèrement. Les faits reprochés à UBS étaient anciens - ils s'étaient déroulés entre 2006 et 2008 - et portaient sur des dépassements de limites de position mensuelle sur des contrats à terme sur plusieurs matières premières. Des dépassements de limite faibles en volume et vraisemblablement involontaires ; autrement dit, des erreurs techniques, en général peu ou non sanctionnées par le régulateur. Interrogé sur les raisons de cette soudaine sévérité, le nouveau président de la CFTC, Gary Gensler, a eu cette réponse lapidaire : « Je pense que cette annonce parle d'elle-même. Tous les acteurs du marché doivent respecter les règles. »

Le changement de ton est clair et net de la part d'une agence condamnée à l'impuissance depuis près de dix ans, et décrédibilisée en 2008 au moment de la flambée record des cours des matières premières. Depuis son arrivée à la tête de l'agence en mai 2009, Gary Gensler, un ancien de Goldman Sachs devenu le plus ardent partisan de la régulation au sein de l'administration Obama (lire l'encadré), s'efforce de redorer le blason de la CFTC. Son objectif à moyen terme est de la doter de nouveaux pouvoirs afin de durcir les règles du jeu sur les marchés sensibles de l'énergie et des métaux précieux, et à plus long terme, de restreindre autant que possible l'ensemble des produits dérivés négociés de gré à gré. Le leitmotiv de Gary Gensler ? « Protéger le peuple américain par le biais d'une régulation agressive et compréhensible. »

Les métaux précieux aussi

Au cours des premiers mois de son mandat, Gary Gensler reste néanmoins discret, consacrant une grande partie de son temps à arpenter les allées du Congrès pour rallier les parlementaires à ses points de vue. Mais début 2010, il déclenche l'offensive et multiplie déclarations publiques et avertissements à l'encontre des opérateurs. Il obtient le feu vert de la Maison-Blanche pour un accroissement de 55 % du budget de la CFTC et le doublement de ses effectifs à 1.000 personnes dans les deux ans. Mais surtout, il dépose officiellement sa première proposition pour imposer des limitations sur le marché des produits dérivés énergétiques, avec l'objectif d'interdire à tout opérateur de détenir plus d'un quart de l'offre physique estimée pour un contrat. Des mesures complexes spécialement conçues, assure la CFTC, pour restreindre les opérations spéculatives des dix plus grands courtiers sans créer de contraintes pour les industriels. Ces propositions sont pour l'instant soumises pendant 90 jours à consultation et aux commentaires du public et des acteurs concernés.

La CFTC n'oublie pas les marchés des métaux précieux. Des premières réunions publiques sont d'ores et déjà prévues début mars pour envisager de brider la spéculation sur ces matières premières, principalement l'or, avec des mesures similaires à celles envisagées pour le marché de l'énergie. Reste désormais au président de la CFTC à obtenir l'adhésion d'une majorité de parlementaires à ses projets de régulation, et à contrecarrer l'influence des lobbyistes de l'industrie financière à Washington. L'épreuve de force ne fait que commencer.

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