L'avis de... Rolf Campos, professeur à l'IESE

« C’est une première dans l’histoire de ce pays »

le 20/05/2010 L'AGEFI Hebdo

Comment analysez-vous le tour de vis du gouvernement Zapatero ?

La baisse de 5 % des salaires dans la fonction publique est une première dans l’histoire de l’Espagne moderne. Les retraites et les salaires des fonctionnaires occupent une part plus importante que les indemnités chômage dans les dépenses publiques. La réduction de 6 milliards d’euros des investissements publics d’ici à 2011 pourrait entraîner un effet de contraction de l’économie mais la réduction plus rapide du déficit budgétaire permettra à l’Espagne d’espérer un coup de pouce sur la croissance, les deux effets se compensant. Mais avec ce plan, c’est la crédibilité du pays qui est avant tout en jeu.

Avant la présentation de ce plan, le gouvernement a-t-il péché par un trop grand optimisme ?

Ses prévisions de croissance ont peut-être été trop optimistes mais la rapidité de la détérioration de la situation grecque a pris tout le monde de court. A cause de l’effet contagion, la zone euro et l’Espagne vont certainement accuser un repli de croissance qui n’était pas prévu.

Comment les banques ont-elles traversé les dernières turbulences ?

Les établissements financiers espagnols ont alimenté la bulle immobilière à coups de flux de crédit massifs non compensés par une augmentation des dépôts. Les banques sont donc constamment sur le marché pour se refinancer. Elles ont donc été touchées par l’élargissement du spread avec le Bund. C’est toutefois moins vrai des grands établissements, comme Santander et BBVA, qui sont plutôt perçus comme des banques globales.

Vous aviez suivi la crise en Argentine. Peut-on comparer les deux situations ?

L’Argentine a dû faire face à des spreads de 1.000 points de base pendant plusieurs mois avant de faire faillite. Nous en sommes loin ! De plus, l’Espagne appartient à la zone euro. Or, c’est un filet que l’Argentine n’avait pas et qui lui offre plus de portes de sortie que la faillite ou un sauvetage du Fonds monétaire international en cas de difficultés. Beaucoup critiquent le fait que les pays du sud ne peuvent plus dévaluer pour accélérer la relance, mais avec l’incertitude de ces derniers mois, l’euro s’est fortement déprécié face au dollar. La critique du carcan de l’euro est malvenue.

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