BlackRock mise sur l’international pour asseoir sa place de leader

le 17/06/2010 L'AGEFI Hebdo

Grâce à l’apport de Barclays GI, le leader mondial de la gestion d’actifs vise 50 % d’actifs hors d’Amérique du Nord via une palette élargie de services et produits.

En France aussi, BlackRock entend imposer sa marque. Le numéro un mondial de la gestion d’actifs vient de prendre une initiative inédite en devenant membre de l’Association française de la gestion financière, même s’il ne dispose que d’un bureau commercial dans l’Hexagone. Le groupe y a triplé ses actifs sous gestion à 11 milliards d’euros, grâce à l’apport de Barclays Global Investors (BGI) dont l’acquisition, annoncée il y a tout juste un an, a été finalisée en décembre dernier. A l’échelle mondiale, le rachat de cette société de gestion de San Francisco a permis au new-yorkais BlackRock de doubler ses actifs, qui s’élevaient fin mars à 3.364 milliards de dollars (2.777 milliards d’euros).

Le créneau de l’externalisation

« D’ici à cinq ans, nous voulons porter la part de nos encours hors des Etats-Unis et du Canada de 38 % à 50 % », avance J. Richard Kushel, vice-président et responsable des activités internationales de BlackRock, désormais basé à Londres. Pour cela, la société de gestion a choisi d’additionner les forces de BGI aux siennes, comme elle l’a fait à Paris, premier site fusionné sous la houlette d’Eric Wohleber, ancien patron de BGI en France. Seules quelques centaines de postes auraient été supprimés dans le groupe, qui compte aujourd’hui 8.500 collaborateurs dans 24 pays. « L’opération n’était pas fondée sur des économies de coûts », rappelle J. Richard Kushel. L’Australie est la seule exception : « BGI faisait aussi des produits quantitatifs sur place, donc nous avons combiné les équipes. »

Le groupe ne précise pas les encours visés sur chaque continent, mais du fait de leur croissance économique et démographique, l’Asie et l’Amérique latine seront naturellement ses principaux moteurs de croissance. Le rachat de BGI, implanté à Mexico et Sao Paulo, doit d’ailleurs permettre à BlackRock de percer en Amérique latine (1 % des actifs fin 2009).

BlackRock a en fait de grandes ambitions en Europe (28 % des actifs). Sur ce marché mûr, le géant américain mise sur un créneau innovant : l’externalisation de la gestion de portefeuille (fiduciary mandates) de clients institutionnels. Ce type d’offre, encore peu fréquent, permet à une caisse de retraite ou à une compagnie d’assurances de déléguer sa stratégie d’investissement ou la gestion de son portefeuille, voire les deux, à une seule société d’asset management. Pour la Grande-Bretagne, BlackRock estime le potentiel de ce marché à 300 milliards de livres (371 milliards d’euros) en 2012, contre quelques milliards actuellement. Selon J. Richard Kushel, « seules quelques sociétés de gestion peuvent concourir sur de tels mandats, qui requièrent une large palette d’expertises »... comme BlackRock.

Déjà spécialiste de l’analyse de portefeuilles pour le compte de gouvernements, d’entreprises et d’institutionnels via BlackRock Solutions (9.000 milliards de dollars d’actifs conseillés), le groupe profite aussi de l’apport des spécialités de BGI. Lors de la fusion, seuls 7 % des actifs de BlackRock étaient gérés de façon passive, contre 80 % de ceux de BGI dont la marque iShares représentait 47 % du marché des fonds indiciels cotés (exchange-traded funds ou ETF).

BlackRock espère faire de ces produits l’un de ses fers de lance : « Nous avons collecté 14 milliards de dollars l’an dernier en Europe en ETF iShares et continuons cette année à drainer des flux importants dans des conditions de marchés plus difficiles, indique Rory Tobin, directeur de iShares International. L’évolution du cadre réglementaire de certains pays européens, notamment en ce qui concerne les commissions, pourrait donner un nouvel élan au marché des ETF à moyen terme. » Pour le moment, l’absence de rétrocessions sur les fonds indiciels aux distributeurs tiers limite la commercialisation dans plusieurs pays, dont la France. Le groupe américain y est aussi confronté à la concurrence d’acteurs locaux, comme Lyxor de Société Générale.

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