L’avis de… Bertrand Gibeau, associé et directeur général délégué de Reinhold & Partners

« Les institutionnels de long terme redoutent les coûts d’une trop grande liquidité »

le 12/03/2015 L'AGEFI Hebdo

« Les institutionnels de long terme redoutent les coûts d’une trop grande liquidité »
Bertrand Gibeau, associé et directeur général délégué de Reinhold & Partners
(DR)

L’offre Newcits englobe de nombreuses stratégies. Il est parfois difficile d’en distinguer les contours…

Il y a en effet de très nombreuses stratégies logées au sein de ces OPCVM. Il est parfois difficile de distinguer un fonds alternatif liquide d’un autre se voulant « traditionnel ». Les long/short actions ou encore les fonds global macro et les CTA, des produits systématiques ayant recours à des dérivés listés, entrent pleinement dans la première catégorie. Néanmoins, certains fonds « long only » qui répondent a priori à une stratégie d’investissement classique peuvent utiliser des instruments dérivés OTC* (couverture…). Ne sommes-nous pas alors en face d’un OPCVM de type « Newcits » ? Par ailleurs, l’enveloppe Ucits rend inéligibles certains actifs comme les titres non cotés, l’immobilier ou encore les matières premières. Néanmoins, certains Newcits offrent une exposition aux commodities via la création, par un promoteur, d’un indice et le recours à un dérivé afin d’en répliquer la performance au sein du fonds. Cette structuration, autorisée, induit un risque de contrepartie. L’Esma (European Securities and Markets Authority) est attentive à ce type de risque sous-jacent et la directive OPCVM VI, en cours de discussion, pourrait aussi s’y pencher…

L’essor de ces fonds alternatifs « allégés » pourrait-il être freiné ?

Il est vrai que les investisseurs asiatiques sont particulièrement friands de l’enveloppe « Ucits ». Mais les régulateurs de Hong Kong, Singapour ou encore de Corée deviennent très méfiants quant à l’utilisation d’instruments dérivés, ce qui peut être problématique pour les enregistrements locaux. Ce rejet est, entre autres, issu du scandale des mini-bonds à Hong Kong, ces produits structurés par Lehman Brothers et vendus auprès de particuliers…

La liquidité offerte est-elle un réel atout ?

Indéniablement, c’est bien la liquidité quotidienne (ou hebdomadaire) de ces produits qui séduit certains investisseurs. Néanmoins, ce critère, précieux aux yeux des Français, est différemment perçu, notamment par les fonds de pension étrangers. En effet, ces institutionnels de long terme redoutent les coûts d’une trop grande liquidité (coûts de transactions, coûts liés à la fréquence de valorisation…). Ils craignent aussi d’être pénalisés par d’autres investisseurs, plus enclins à opérer rapidement et à tout moment un rachat de leurs parts, les rendant détenteurs d’actifs moins liquides ou plus difficiles à valoriser (phénomène de « fond de cuve »).

*'Over the counter'.

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