L'avis de... Florence Pisani, économiste chez Candriam

«La BCE ne peut pas faire de miracle»

le 12/06/2014 L'AGEFI Hebdo

«La BCE ne peut pas faire de miracle»
Florence Pisani, économiste chez Candriam
(DR)

Les mesures que vient de prendre la Banque centrale européenne (BCE) pour relancer le crédit sont-elles susceptibles de tonifier la conjoncture ?

La banque centrale ne dispose pas de mesure miracle et il ne faut pas en attendre d’effets immédiats sur l’activité. La TLTRO* et la réflexion qui se poursuit sur les achats de créances titres [lire page 16, NDLR] vont aider les banques les plus pénalisées, celles qui n’ont pas du tout accès au marché pour se refinancer. Elles vont pouvoir débloquer la situation dans certains cas et fluidifier le système bancaire dans la perspective du jour où l’activité redémarrera. Pour les achats de crédits titrisés aux PME, il faut savoir que l’encours est d’environ une centaine de milliards d’euros. Le marché est de taille réduite. Il s’agit donc pour la BCE de favoriser son développement, mais cela prendra du temps. Encore une fois, la BCE ne peut pas faire de miracles, surtout seule. Les gouvernements des pays où l’accès des PME au crédit reste difficile comme en Grèce, Italie, Irlande ou en Espagne, pourraient garantir une partie de ces prêts. Une initiative à l’échelle européenne serait encore mieux. Mais là aussi, rien ne dit que cela suffise à faire repartir l’investissement productif. Le véritable problème, c’est la faiblesse de la demande perçue par les entreprises qui explique leur réticence à investir.

Pour conforter la sortie de récession et enclencher une véritable reprise, les politiques budgétaires ne pourraient-elles pas seconder la BCE, à rebours de ce que les gouvernements ont fait jusqu’à présent ?

La restriction budgétaire mise en place dans tous les pays en 2012 a représenté 1,7 point de PIB et a fait replonger la zone euro en récession. Plutôt que de réduire rapidement et drastiquement les investissements publics ou les dépenses d’éducation, il aurait été plus raisonnable de mener des réformes structurelles de moyen terme (comme s’attaquer au problème du financement des retraites), pratiquement indolores pour l’activité immédiate. Tout récemment au Portugal, le Conseil constitutionnel vient de retoquer une partie des mesures d’austérité budgétaire du gouvernement. Plutôt que de compenser immédiatement ces mesures, il serait plus sage d’accorder un ou deux ans supplémentaires au Portugal pour atteindre ses objectifs budgétaires.

*Targeted long-term refinancing operation.

A lire aussi