L'avis de... Cédric Ringenbach, directeur, The Shift Project

« Un accord plus contraignant n’a pas à être opposé à un accord global »

le 17/09/2015 L'AGEFI Hebdo

« Un accord plus contraignant n’a pas à être opposé à un accord global »
Cédric Ringenbach, directeur, The Shift Project
(DR)

Partagez-vous le pessimisme qui semble devenir la règle, quant à la possibilité d’un accord contraignant global à Paris ?

Je me montre assez réaliste sur ce que l’on peut attendre de Paris 2015. Même si les négociations progressent, elles sont encore loin de ce qu’il faut atteindre pour respecter l’objectif des 2°C. Il faut reconnaître qu’il s’agit là d’un objectif très ambitieux, puisqu’il implique de parvenir à un pic des émissions dans les quinze ans, puis de les faire baisser encore plus vite qu’elles n’ont monté jusqu’ici.

Faudrait-il cesser de rechercher un accord à 195 ?

Un accord plus contraignant pour les pays développés n’a pas à être opposé à un accord global. En s’engageant unilatéralement sur la réduction de ses émissions dès 2005, l’Europe a montré l’exemple. Si les dix pays les plus développés, qui représentent 70 % des émissions, parvenaient à des engagements plus ambitieux, cela ferait sens. Cependant, il faut aussi considérer que les pays émetteurs d’aujourd’hui ne sont pas ceux de demain. Je pense à l’Inde, en particulier, dont l’implication est essentielle.

L’Inde n’a pas, à ce jour, transmis sa contribution. Cela est-il inquiétant ?

Oui, et ce d’autant plus que l’Inde est très dépendante du charbon. A ce jour, 58 pays, représentant 60 % des émissions mondiales, ont transmis leur contribution. Il serait souhaitable que la somme des contributions représente 80 % à 90 % des émissions. Ce ne sera pas chose facile, car les pays du Sud conditionnent leurs engagements à des transferts de technologie et des aides.

On attend donc beaucoup des entreprises privées sur ce terrain ?

Oui, mais les investissements ne suffisent pas. Les investissements privés se font dans une structure capitalistique normale, c’est-à-dire que l’on fait payer l’usage pour rentabiliser le projet. Cela peut être bien entendu intéressant, à condition que le prix soit raisonnable. Cependant, certains projets ne peuvent être financés de cette manière, raison pour laquelle il faut aussi accorder des aides.

Existe-t-il des initiatives nationales prometteuses ?

Le Royaume-Uni a par exemple introduit, dans le cadre de l’EU ETS*, un système de prix plancher qui fonctionne très bien, même s’il s’applique uniquement aux installations de production d’électricité. Le scope est restreint mais offre l’avantage d’un faible risque de fuites de carbone. La France pourrait tout à fait adopter une initiative similaire, et inciter d’autres pays à suivre cet exemple.

*EU Emissions Trading System - Système communautaire d’échanges de quotas d’émissions.

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