Des approches spécifiques pour aborder les fonds actions émergents

le 10/04/2014 L'AGEFI Hebdo

Dans un contexte de défiance, les maisons de gestion mettent tout en œuvre pour séduire à nouveau les investisseurs.

Avec une croissance jugée longtemps insolente par les économies matures, les pays émergents ont finalement été rattrapés par la crise. « Investir dans ces marchés n’est pas chose facile dans le contexte actuel ! écrit Marc Olivier, directeur général France de Nordea Investment Funds dans une chronique de mars. Les prémisses du ’tapering américain, en 2013, ont violemment ébranlé la zone, occasionnant des retraits massifs des investisseurs. » De récentes statistiques communiquées par EPFR Global reflètent le malaise de ces derniers : les fonds spécialisés sur les marchés émergents ont enregistré près de 4,09 milliards de dollars de décollecte sur une semaine, au 19 mars. Il s’agit de la 21e semaine consécutive de sorties nettes. Pour attirer à nouveau les investisseurs sur ces marchés, dont les perspectives de redressement sont admises par tous, les gestionnaires déploient des approches de gestion diverses dont le fil rouge est la réduction du risque.

Diversification

Nordea a ainsi identifié deux approches pour aborder les actions émergentes. L’une consiste à appliquer un filtre ESG (environnement, social et gouvernance) afin de sélectionner les valeurs présentant un risque de réputation limité, tandis que l’autre relève d’un processus centré sur les entreprises dites stables. « Dans cette dernière stratégie, le gérant vient identifier les sociétés appartenant à des secteurs d’activité générant de manière récurrente des bénéfices, des dividendes, des flux de trésorerie… relativement stables », décrit Marc Olivier. Avant que ces titres n’intègrent le portefeuille, « nous vérifions auprès d’analystes externes que la stabilité des fondamentaux de ces sociétés perdurera, évitant ainsi de voir la stabilité de leur profil se dégrader. » Cette stabilité vise à réduire la volatilité du portefeuille et donc à mieux résister dans les périodes de baisse. L’an dernier, alors le MSCI Emerging Markets (MSCI EM) délivrait -2,60 %, le fonds affichait une performance de 3,14 %.

Guidé par cette même volonté de limiter le risque, Amundi a choisi d’aborder la zone par une sélection des titres selon le concept de minimum variance. Partant du principe que les indices ne sont pas efficients car capipondérés (poids des valeurs en fonction de leur capitalisation boursière), les actions sont réallouées. Pour contrôler le risque, le gérant passe au crible, via des modèles mathématiques, en plus de la volatilité des titres, leur risque fondamental, leur risque de liquidité et leur risque spécifique. « Résultat, nous sommes bien mieux diversifiés en risque que le MSCI EM, souligne Melchior Dechelette, gérant du fonds Amundi Funds Equity Emerging Minimum Variance. Ce portefeuille, moins volatile, est particulièrement intéressant en période d’incertitude. » A cela s’ajoute une seconde « couche » de diversification : celle en « capital », réparti à hauteur de 2,5 % sur chaque titre (équipondération).

D’ailleurs, la diversification par l’équipondération est le cheval de bataille de Katia Coudray, responsable de SYZ Fund Research (banque Syz & Co). Le point de départ de sa réflexion a été la diversification par pays, et non par titres, afin d’amener dans le portefeuille actions émergentes une diversification des risques politiques. « Nous sommes partis de l’indice MSCI Emerging Markets, qui capte la performance de 21 pays émergents, développe Katia Coudray. Et procédons chaque année à un rebalancement des poids des pays de cet indice.  »

Risque chinois

En effet, la Chine, la Corée du Sud, Taïwan et le Brésil constituent les principaux pays du MSCI EM, soit 57,6 % (à fin mars) du benchmark. « Il s’agit d’un indice extrêmement corrélé au risque chinois, met-elle en avant, ce que beaucoup d’investisseurs ignorent ! Notre approche a été de limiter le risque-pays en réduisant le poids de chacun des 21 pays autour de 6 % », offrant mécaniquement une plus grande diversité du risque pays aux investisseurs. Les performances parlent d’elles-mêmes : cette approche bat depuis 2001 de 3 % par an l’indice MSCI EM. Lancé en août 2012, Oyster Emerging Markets surperforme l’indice MSCI EM de 7,88 % depuis son lancement à fin mars 2014.

La responsable confesse que l’approche équipondérée fonctionne particulièrement bien sur la zone des pays émergents mais n’a pas apporté la preuve de sa pertinence sur d’autres régions, comme celle des économies développées. « Selon la théorie moderne de portefeuille, diversifier des actifs décorrélés fait baisser la volatilité, explique Katia Coudray. Si les économies émergentes sont particulièrement décorrélées les unes des autres, ce n’est pas le cas des pays développés. » Une approche à réserver à certains marchés.  

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