Transition énergétique

Les véhicules d’investissement foisonnent

le 30/04/2015 L'AGEFI Hebdo

Après des années difficiles, les fonds spécialisés dans la transition énergétique estiment que les segments liés à cette thématique ont mûri.

Les business models évoluent, les investisseurs aussi. En 2008, l’Union européenne avait fixé un objectif de 20 % d’électricité produite via des énergies renouvelables (EnR) pour 2020. A l’époque, les fonds s’intéressaient essentiellement aux sociétés de panneaux solaires ou d’éoliennes. « Avec la crise, l’activité industrielle a ralenti, les besoins énergétiques aussi, et les financements de parcs ont un moment été stoppés, note Olivier Ken, gérant du fonds Performance Environnement (Financière de Champlain). Cela a accéléré la concentration de la production des panneaux solaires sur quelques spécialistes chinois, et permis de diviser les coûts par cinq. » Conséquence : « les fabricants concernés ont vu leurs marges fortement réduites, et se sont eux-mêmes positionnés sur le reste de la chaîne, du développement à la construction en passant par l’installation des ‘infrastructures’, soutenue par le retour des financements », ajoute Jens Peers, directeur de la gestion actions et taux chez Mirova, citant les exemples de First Solar et Solar City.

Des rendements plus récurrents

Cette logique est valable aussi pour les autres fonds actions spécialisés : Impax, Pictet AM, Robeco SAM, KBI (ex- KBC AM), Ecofin, etc. « Cela a pris du temps, cette industrie, aujourd’hui plus mature, est rentable financièrement pour le solaire et l’éolien terrestre, poursuit Olivier Ken. Les infrastructures sont devenues d’autant plus intéressantes que les taux d’intérêt sont bas, et que l’investissement dépend moins de quelques pays (Allemagne, Espagne, Italie) : Chine, Etats-Unis, Japon et Inde deviennent les géographies ‘phares’. »  Pour attirer des investisseurs et rendre les actifs plus « liquides », les grandes sociétés américaines spécialisées dans la production d’énergies renouvelables ont lancé depuis deux ans des « yieldco », véhicules cotés dédiés aux projets d’infrastructures qui permettent de déconsolider la dette de leur bilan. En février, l’espagnol ACS a coté 51 % de Saeta Yield, structure destinée à porter ses actifs dans les EnR et à distribuer 90 % des cash-flows en dividendes. « Avec 4 % à 6 % de rendement visé, cette approche inspirée des MLP (‘master limited partnerships’) dans l’exploration pétrolière et des REIT (‘real estate investment trusts’) dans l’immobilier est intéressante pour des parcs ayant déjà contractualisé la vente d’électricité aux réseaux, sous réserve que la compagnie soit capable de renouveler son parc sur le long terme », estime Olivier Ken. « Cette logique ‘fixed income’ permet de réduire la volatilité des fonds spécialisés aux performances jusqu’ici variables », ajoute Jens Peers.

Le risque existe de voir la fenêtre d’investissement sur ces infrastructures cotées se refermer, avec la fin des crédits d’impôts prévue aux Etats-Unis pour ce type d’investissements à partir de 2017. A cela s’ajoute une éventuelle remontée des taux d’intérêt qui rendrait les rendements moins attractifs. « C’est pourquoi il faut nous diversifier sur les autres pans de la transition énergétique, développe Olivier Ken : les centrales plus petites, afin d’équiper des régions comme l’Afrique – sachant qu’environ 1 milliard d’individus n’ont pas accès à l’électricité –, le stockage (batteries traditionnelles, lithium-ion ou à combustible/hydrogène), l’efficience énergétique et les réseaux ‘intelligents’ (‘smart grid’). » « Le stockage à grande échelle est la clé qui rendra les autres sources d’électricité caduques », insiste Jens Peers, dont le fonds Mirova Global Transition Energy consacre plus de 60 % de ses investissements à ces sujets d’efficacité.

Localement, l’énergie renouvelable est synonyme d’infrastructures non cotées, avec un rendement recherché autour de 8 %-10 % pour des fonds plus ou moins dédiés comme EuroFideme (Mirova), Capenergie (Omnes Capital), InfraVia, Ardian, Demeter, etc. Acofi a aussi lancé un fonds Transition Energétique France, avant un prochain fonds de prêts dédié au financement de l’efficacité énergétique dans l’industrie. De son côté, Amundi est en train de créer, en partenariat avec EDF, une société de gestion de fonds dédiés à la transition énergétique : « Nous nous appuierons sur l’expertise d’EDF en tant qu’opérateur plus à même de juger de la pertinence des projets et des risques de bulles dans un environnement où l’offre de financement est souvent supérieur aux opportunités d’investissement », explique Pedro Antonio Arias, responsable des actifs alternatifs de la société de gestion devenue par ailleurs pionnière sur le thème de la « décarbonisation » des portefeuilles d’actions institutionnels.

La recherche de rendements récurrents liés aux thématiques vertes passe aussi par les « green bonds » : « Comme l’offre est là aussi très inférieure à la demande, on peut espérer pour les émetteurs, souvent ‘énergéticiens’, que les coupons finiront à terme par baisser au-dessous des coupons versés pour des obligations équivalentes ‘non vertes’ émises par ces mêmes ‘énergéticiens’ : cela contribuerait à financer davantage de projets verts », conclut Jens Peers chez Mirova, dont le fonds Natixis Impact Nord-Sud est l’un des rares dédiés à ces obligations avec ceux de l’américain Calvert Investment et du japonais Niko AM (en attendant le suédois SEB).

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