Amundi

Se coter pour grandir ailleurs

le 23/07/2015 L'AGEFI Hebdo

La société de gestion doit se développer à l’étranger mais, au sein du Crédit Agricole, son objectif est de multiplier les synergies.

Se coter pour grandir ailleurs
Amundi s’est installé boulevard Pasteur à Paris dans les locaux de l’ancien siège de Crédit Agricole SA en 2013.
(PHB)

Patience. Avec ses comptes, publiés le 4 août, le conseil d’administration de Crédit Agricole SA (CASA) devrait aussi valider, selon nos sources, une gouvernance nouvelle qui permettrait d’aligner les intérêts des différentes entités du groupe. Philippe Brassac, directeur général (DG) de CASA, pourrait annoncer la constitution d’un comité de direction avec des pôles opérationnels, sous la responsabilité de patrons « métiers », et fonctionnels. Alors qu’Amundi doit être cotée « d’ici à la fin de l’année », il a d’ores et déjà précisé à L’Agefi Hebdo qu’Yves Perrier, le DG de la société depuis sa création en juillet 2009, se verra confier le pôle « Epargne et Patrimoine » (gestion d’actifs, assurances et immobilier). En interne, on cherche à garder secret le nouvel organigramme. Mais une chose est sûre : la gestion d’actifs et Yves Perrier (lire l’entretien) entrent au cœur de la galaxie Crédit Agricole.

Si le projet de groupe forgé en 2010 était de « devenir leader en Europe », sa branche de gestion y est parvenue. « Jouer groupe », « être ambitieux et conquérants », « sécuriser le développement », « délivrer une rentabilité saine et durable » : elle illustre chacun de ces items du projet long terme avec, l’an dernier, des ouvertures de bureaux aux Pays-Bas, en Suède, mais aussi en Suisse, en Thaïlande et au Mexique ; des acquisitions de taille moyenne en Autriche, en Malaisie et aux Etats-Unis et l’accompagnement du groupe en Pologne. De plus, ce « modèle industriel innovant, créateur de valeur » décrit aux investisseurs en 2014 affichait, sur un total net de 27,5 milliards pour le pôle « gestion de l’épargne et assurances », 24 milliards d’euros de collecte au premier trimestre 2015, réalisés pour moitié à l’international (voir le tableau). Enfin, Amundi incarne un des groupes les plus rentables de son industrie avec un coefficient d’exploitation (coex) de 53,9 %, réduit de 4,4 points entre le premier trimestre 2014 et celui de 2015. « La gestion d’actifs se classe toujours parmi les activités les plus rentables pour les banques et de réels réservoirs de croissance existent encore », remarque en outre Benoît Macé, directeur associé au BCG Paris.

Sécuriser le développement

Bien du chemin a ainsi été parcouru depuis la naissance, il y a six ans, du numéro 4 européen (avec 591 milliards d’encours). Doté au 31 mars dernier de 954 milliards d’euros, Amundi a déjà dépassé (avec un effet marché) les objectifs du plan « Crédit Agricole 2016 » : 1.000 milliards d’actifs à cette date. Et campe en tête des sociétés de gestion européennes. En avril, Fitch Ratings lui a attribué la note de long terme A+, la meilleure délivrée par l’agence à un asset manager au plan mondial. « L’enseigne du groupe est parmi les plus grandes et les plus diversifiées dans l’univers des gestionnaires d’actifs comparables », expliquent ses analystes. « Entre 2010 et 2015, l’enjeu d’Amundi reposait sur son développement pour devenir un challenger crédible, rappelle Laurent Bertiau, directeur commercial et marketing, membre du comité exécutif d’Amundi. Nous avons fait mieux que cela. Pour 2015-2020, nous devrions pouvoir entrer dans le cercle des meilleurs mondiaux en termes de prestation et de qualité de réponse. »

Jouer le groupe

Amundi dispose donc de points forts pour son entrée en Bourse. Cette opération qui offre à Société Générale une liquidité sur sa participation (20 %) était inscrite dès sa naissance. « Pour nos clients institutionnels (pesant près de 700 milliards dans les encours de fin mars, NDLR), le marché financier est la référence ultime. La cotation d’Amundi facilitera notre relation avec eux, estime Laurent Bertiau. Nous allons gagner encore en crédibilité et en visibilité. » Reste à savoir si CASA conservera le même niveau de capital (80 %). De sources internes concordantes, elle ne devrait pas passer sous les 66 %. Outre le prix d’introduction, bien des éléments restent à caler, dont la part proposée aux particuliers ou celle éventuellement réservée aux salariés (aujourd’hui intéressés au capital de CASA). On pourra ensuite comparer les cours de la maison mère et de sa filiale (comme ceux de Bouygues et de TF1). La première capitalise environ 37 milliards en Bourse. Amundi y est attendu à 7,5 milliards d’euros par Oddo, Natixis ou CM-CIC Securities. S’il n’y a pas d’augmentation de capital à l’introduction, une acquisition pourrait en revanche être payée en papier.

Amundi va ainsi avoir les moyens de son développement. Et peut se permettre, le cas échéant, d’accroître ses charges d’exploitation, tant que son coex reste inférieur à 60 % (un des objectifs 2016). Si une acquisition à l’étranger était annoncée peu après la cotation, ce ne serait donc pas une surprise. Or la région Asie-Pacifique offre un fort potentiel de croissance : « Début 2015, cette zone représentait un tiers de l’économie et de la finance mondiale mais seulement 15 % des actifs sous gestion dans le monde en provenaient », pointe l’étude Global Asset Management 2015 du BCG.

En France, Amundi mise surtout sur les synergies au sein du groupe Crédit Agricole, avec l’assurance et l’immobilier. Premundi, créé au premier trimestre de cette année, est un modèle. Cette coentreprise entre Amundi et Predica (assurance-vie) rassemble une cinquantaine de commerciaux des deux entreprises pour accompagner les 39 caisses régionales du Crédit Agricole (indépendamment des équipes commerciales d’Amundi dédiées à chaque réseau distributeur en France et à Cariparma en Italie). L’équivalent doit être mis en place pour LCL. Par ailleurs, le patrimoine des Français étant essentiellement immobilier (8.000 milliards d’euros sur 12.000 milliards au total), Amundi et Crédit Agricole Immobilier pourraient soutenir une démarche commerciale commune auprès d’une clientèle aisée (au-delà de la banque privée). Pour autant, cette approche centrée sur les clients de la banque de détail, chère à Philippe Brassac, ne change pas la donne pour Amundi : son développement auprès des institutionnels et à l’international ne constitue pas une option, mais une obligation.

Avec une part de marché d’environ 2 % sur le segment des particuliers, Amundi Japan est le troisième acteur étranger après Fidelity et Pictet
Julien Fontaine, président d’Amundi Japan
35,6 milliards d’euros d’encours en Italie, 31,4 milliards au Japon (source : société)

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