L'invité de L'Agefi... Didier Le Menestrel, président de Financière de l’Echiquier

Retraites : d'une affaire d'Etat à l'affaire de chacun

le 12/03/2015 L'AGEFI Hebdo

Seul un nouvel outil pourra redonner aux futurs retraités, même les plus modestes, la chance et la responsabilité de bâtir leur complément de revenu.

Retraites : d'une affaire d'Etat à l'affaire de chacun
Didier Le Menestrel, président de Financière de l’Echiquier
(DR)

Les caisses de l’Agirc, le système de retraite complémentaire des cadres, seront vides en 2018 ! Inéluctablement, les faits s’imposent : à son rythme de déficit actuel (plus de 5 milliards par an), le régime Agirc/Arrco qui concerne 30 millions de Français sera en faillite dans moins de dix ans. Pour la troisième fois en cinq ans, syndicats et patronat vont donc se réunir et tenter de trouver des solutions pour échapper à ce qui reste une échéance inenvisageable... Les chiffres sont plus forts que les divers rapports de la Cour des comptes et du Conseil d’orientation des retraites : le droit des Français à la retraite est menacé.

L’heure n’est plus aux diagnostics mais au traitement de choc. Le régime de retraite français est un « vieil homme malade », né dans l’Europe de l’après-guerre. Projet de société formidable en son temps, il est aujourd’hui condamné par la démographie galopante, la croissance atone et des tentatives d’adaptation bâties sur des hypothèses parfois fantaisistes. La dernière réforme de 2013 tablait par exemple sur un taux de chômage normé dans la durée à 4,5 % de la population active. Un taux inconnu en France depuis… 1978 !

Trois remèdes existent aujourd’hui pour traiter le malaise chronique de nos retraites : hausser le montant des cotisations, reculer l’âge de départ de l’activité professionnelle ou réduire le montant des pensions versées. Les révisions de 2003, 2010 et 2013 ont chacune procédé à de savants dosages de ces principes, sans pour autant prendre le mal à la racine. Que pourra faire la prochaine réforme ? Baisser purement et simplement le montant des pensions comme l’ont fait les gouvernements grec et espagnol… ou alors changer de paradigme.

Plutôt que de colmater les brèches pour éviter le naufrage, regardons du côté des pays aux systèmes de retraite jugés performants : le Danemark, l’Australie et le Canada ou encore le Chili. Tous ont un point commun : associer un régime obligatoire par répartition à un régime complémentaire de capitalisation individuelle.

Capitalisation contre répartition : le débat est récurrent, sans fin et il ne sauvera plus, aujourd’hui, notre régime de retraite. La notion d’épargne individuelle et familiale doit en revanche être replacée au cœur du système. Il est urgent de renouer avec une approche « familiale » de la solidarité, après 70 ans de vision « sociale ».

Puisque le mur des retraites françaises semble infranchissable, pourquoi ne pas donner à chacun d’entre nous la chance de suivre son propre chemin pour contourner l’obstacle ? Pourquoi ne pas offrir aux générations futures la possibilité de se réapproprier leur retraite et donner aux individus un droit, inaliénable, à disposer de leur propre épargne ?

Car les Français adorent épargner : plus de 15 % de leurs revenus, ce qui les place parmi les champions européens. Mais cet effort reste orienté vers des outils de placement inadaptés pour assurer un niveau de vie décent aux futurs retraités. L’assurance vie, qui draine par exemple près de la moitié des montants épargnés, alloue principalement les capitaux collectés au financement de notre dette publique. Quant aux autres solutions existantes (Perp, Perco, Contrat Madelin, art. 39, art. 83, etc.), elles sont condamnées à rester méconnues de par leur caractère contraignant, peu rentable et leur fiscalité brouillonne.

Seul un nouvel outil, simple à mettre en œuvre et à comprendre, pourra redonner aux futurs retraités, même les plus modestes, la chance et la responsabilité de bâtir leur complément de revenu. Financière de l’Echiquier milite en ce sens pour la création d’un compte individuel de retraite de nouvelle génération, en complément des dispositifs communautaires déjà en place. Un compte personnel où pourra être versé chaque année un montant limité, investi en actifs (actions, obligations, OPCVM) cotés et réglementés. Un produit sans incitation fiscale à l’entrée mais dont le montant épargné sera intégralement défiscalisé à la sortie, à l’âge de la retraite !

Les Néo-Zélandais ont un « KiwiSaver » qui leur permet de placer un pourcentage de leur salaire sur une gamme de produits d’investissement dédiés à l’épargne-retraite. Pourquoi les Français ne disposeraient-ils pas de leur « CocoriCompte » ?

Donner aux individus un droit, inaliénable, à disposer de leur propre épargne

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