Rencontre avec... Agnès Benassy-Quéré, présidente déléguée du Conseil d’analyse économique, professeur à Paris-I

« Nous vivons sous le parapluie de la Banque centrale européenne »

le 22/05/2014 L'AGEFI Hebdo

« Nous vivons sous le parapluie de la Banque centrale européenne »
Agnès Benassy-Quéré, présidente déléguée du Conseil d’analyse économique, professeur à Paris I
(DR)

Est-il justifié de poursuivre les réformes de la zone euro ?

Nous sommes dans une période de calme, mais de calme trompeur. Nous vivons sous le parapluie de la BCE, grâce à l’OMT, et nous traversons une phase d’euphorie des marchés. Les investisseurs se retirent des émergents pour venir chercher quelques points de base de rendement dans la périphérie de la zone euro, mais ils sous-estiment les risques. Par ailleurs l’endettement continue à augmenter et la croissance est fragile. Il faut donc profiter du calme actuel pour réfléchir. Pendant les années de crise, nous nous sommes éloignés du modèle de Maastricht qui reposait sur la responsabilité des Etats, la discipline du marché et le non-renflouement, pour aller vers un modèle d’intrusion du centre dans la périphérie et de prêts conditionnels où la Commission européenne exerce la discipline à la place des marchés. Ce n’est pas satisfaisant.

Faut-il alors revenir à la règle du «no-bail out» ?

C’est impossible pour l’instant car les banques ne sont pas en mesure de supporter le risque d’un défaut souverain. Il serait nécessaire qu’elles diversifient leur risque, que les banques italiennes ne détiennent plus autant de dette italienne, les espagnoles de la dette espagnole et ainsi de suite. Mais nous faisons face ici à une contradiction. La réglementation actuelle considère que le souverain est sans risque. Du coup, diversifier le risque n’a pas de sens. Pour pallier ce problème nous pourrions par exemple fixer des règles d’exposition maximale mais cela fait peser des contraintes supplémentaires sur les banques et pose le problème de la concurrence avec les banques américaines.

Certains proposent la création d’un fonds de remboursement de la dette souveraine qui, justement, permettrait de réduire le risque de défaut. Comment cela pourrait-il fonctionner ?

La proposition faite par les économistes allemands consistant à mutualiser toute la dette au dessus de 60 % de PIB n’est pas réaliste car la confiance entre Etats n’est pas suffisante pour s’engager sur la durée d’amortissement proposée, à savoir 25 ans. Un fonds plus petit, où seraient mis en commun seulement 20 % de PIB de dette pour tous les Etats, présenterait l’avantage de se fixer un horizon plus court, mettons 10 ans, de se passer d’une garantie conjointe et solidaire et surtout d’avoir une répartition des actifs correspondant au capital de la BCE. Ce serait très utile pour permettre aux banques de diversifier leurs risques et à la BCE, en cas de besoin, de faire du quantitive easing sans avoir à choisir entre les souverains européens.

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