La Parole à... Christophe Frespuech, directeur du développement de Swiss Life Asset Management (France)

Mieux exploiter la souplesse des placements « cash equivalent »

le 23/07/2015 L'AGEFI Hebdo

Mieux exploiter la souplesse des placements « cash equivalent »
(DR)

Le rendement quasiment nul des produits monétaires a rendu cruciale ces derniers mois une réflexion sur les marges de manœuvre dont peuvent disposer les entreprises en matière de placements. Depuis le début de l’année 2015, la performance moyenne de l’Eonia est négative. L’enjeu est d’améliorer le rendement des liquidités tout en restant dans le strict cadre de l’« équivalent de trésorerie », seul à même de permettre une déduction des sommes placées de l’endettement brut au regard de la norme IAS 7. Or il s’avère que toutes les directions financières d’entreprise n’utilisent pas à plein les opportunités qui leur sont ainsi offertes. En effet, si les OPCVM monétaire et monétaire court terme sont réputés respecter les critères d’éligibilité au classement en « équivalent de trésorerie », tels que définis par la position de place (AFG, AFTE, AF2i)* de 2011, ces critères sont loin de limiter l’éligibilité à ces seuls OPCVM. Précisément, le placement doit être à court terme, très liquide, facilement convertible en un montant connu de trésorerie et soumis à un risque négligeable de changement de valeur. Il reste cependant que ces critères doivent être respectés très rigoureusement et que, in fine, il revient bien au seul commissaire aux comptes le droit d’estimer si un instrument financier est éligible ou non.

Les quatre critères ont donc fait l’objet d’une interprétation par l’AFG, l’AFTE et l’AF2i, qui permet d’analyser les produits non monétaires à partir d’éléments très objectifs et qui a été reprise dans la position AMF** du 23 septembre 2011. Il est ainsi indiqué que les « OPCVM autres que les OPCVM monétaires et monétaires court terme (…) devront faire l’objet d’une analyse au cas par cas, afin de vérifier qu’ils satisfont pleinement aux quatre critères d’éligibilité ». Cette interprétation a défini des facteurs d’exclusion. Ne peut ainsi pas être classé en équivalent de trésorerie un OPCVM dont la durée de placement recommandée est supérieure à 12 mois, dont l’indice de référence n’est pas un indice du marché monétaire, dont la maturité finale d’une quelconque position détenue excède 36 mois, dont la maturité moyenne maximale (WAM) excède 6 mois, dont la durée de vie moyenne pondérée (WAL) excède 18 mois, ou dont la volatilité n’est pas en ligne avec celle d’un indice du marché monétaire (s’écartant par exemple de plus de 0,50 % de celle de l’Eonia). Cette position propose ainsi une véritable grille d’analyse qui permet aux investisseurs et aux commissaires aux comptes d’évaluer de façon claire et objective l’éligibilité au classement en « équivalent de trésorerie » de tout OPVCM.

Combiner des titres de maturités très courtes et plus longues

Contraignants, ces facteurs d’exclusion sont cependant plus souples que ceux encadrant les OPCVM monétaires. En particulier, au sein de ces fonds de trésorerie, la maturité résiduelle de chaque papier est limitée à 24 mois (et non 36 mois). Cette différence est d’autant plus appréciable que la demande sur les papiers inférieurs à 24 mois est très forte, du fait de l’importance des gestions monétaires, et qu’ainsi les titres qui se situent entre 24 et 36 mois subissent moins cette pression acheteuse et offrent donc un sur-rendement. De même, la durée de vie moyenne pondérée doit être inférieure à 12 mois, contre donc 18 mois pour les OPCVM éligibles au classement « cash equivalent » défini par la position de place. Aussi, ces deux assouplissements permettent de mettre en œuvre plus aisément une stratégie d’investissement, dite « Barbell », combinant des papiers très courts et des papiers plus longs, afin d’atteindre un rapport rendement-risque optimal. La question de la notation est par contre moins différenciante, car les gérants de fonds monétaires ont désormais la liberté de ne pas se référer aux notes des agences dans leur choix de titres, et de se reposer sur leur propre analyse interne de la qualité de crédit des émetteurs.

Les opportunités d’investissement offertes par la gestion collective sont aussi à mettre en regard avec les conditions dans lesquelles le trésorier d’entreprise est susceptible d’effectuer des placements en direct, dans le cadre du régime « équivalent de trésorerie ». La norme IAS 7 est habituellement interprétée par les commissaires aux comptes comme imposant à une entreprise de ne pas souscrire à des émissions dont la maturité est supérieure à 3 mois. La position de place de 2011 donne ainsi au gérant d’OPCVM un net avantage en termes de capacité de diversification sur des maturités plus longues.

Cette approche de la gestion des liquidités, qui vise à sortir du carcan du monétaire, a fait ses preuves au cours de ces toutes dernières années dans le contexte de chute vertigineuse des rendements. Au point qu’elle séduit, au-delà des trésoriers d’entreprise, une forte proportion des investisseurs institutionnels à la recherche d’une rémunération raisonnable de leurs placements court terme.

*AFG : Association française de la gestion financière ; AFTE : Association française des trésoriers d’entreprise ; AF2i : Association française des investisseurs institutionnels.

**Autorité des marchés financiers.

Une véritable grille d’analyse permet d’évaluer l’éligibilité au classement en « équivalent de trésorerie » de tout OPVCM

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