Le marché primaire corporate en euros au sommet

le 07/05/2015 L'AGEFI Hebdo

Les montants approchent les records de 2007. Les entreprises américaines y ont contribué. Plus de 600 milliards pourraient être émis en 2015.

Le marché primaire corporate en euros au sommet
(Fotolia)

Le marché primaire corporate en euros bat record sur record. « Il vient d’enregistrer l’un de ses meilleurs débuts d’année », observent les stratégistes crédit de SG CIB, comparant ce démarrage en trombe aux plus belles heures du marché avant la crise. Un total de 271 milliards d’euros a été émis à fin avril tout type d’obligations confondues. C’est 20 % de plus que l’an dernier à la même époque. Une dynamique largement entretenue par le lancement du programme de rachats d’obligations souveraines de la Banque centrale européenne (BCE), les taux bas et la recherche de rendement de la part des investisseurs. Les montants émis sont d’une telle importance que le marché semblait au bord de l’indigestion mi-mars : « A partir du 10 mars, nous avons senti un changement d’humeur de la part des investisseurs, relève Felix Orsini, coresponsable mondial de l’origination obligataire pour les entreprises chez SG CIB. Le contexte reste favorable mais les émetteurs doivent se rendre à l’évidence. Les investisseurs ont l’embarras du choix vu le flux d’émission et n’hésitent pas à retirer leurs ordres quand les primes sont trop serrées. » Ce qui s’est traduit par quelques décalages d’opérations mais surtout un écartement des spreads pour la première fois depuis 2009. Cet élargissement est aussi mis au crédit de l’effondrement des taux souverains, les spreads corporate, déjà très serrés, ne pouvant se réduire davantage. Un argument milite pour cette deuxième explication : les émissions ont vivement repris en avril. Les seules entreprises investment grade ont placé un record de 23,4 milliards sur ce mois. Le marché high yield n’est pas en reste ! En quatre mois, il a atteint plus de la moitié du montant émis sur l’ensemble de 2014, soit 41 milliards contre 77 milliards. Du côté des financières, le marché primaire a été actif sur le segment des titres subordonnés mais pas autant qu’anticipé. « Les émetteurs sont attentistes pour des raisons de réglementation », affirme Sébastien Domanico, responsable mondial origination institutions financières sur les marchés de dette chez SG CIB. L’un des gros sujets pour les banques est celui du niveau du TLAC (total loss absorbing capacity) et des moyens de s’y conformer.

Dynamique d’émissions

Deux tendances sont à relever : la domination des émetteurs américains et l’accélération des émissions hybrides corporate. Les émetteurs américains ont été la première nationalité avec un quart du marché, profitant de conditions de taux, de spread, de swap euro-dollar particulièrement favorables. Surtout, le compartiment en euros est aujourd’hui plus profond et propose des maturités plus longues, de quoi attirer une multitude d’émetteurs.

L’autre grand thème a été la montée en puissance du marché hybride corporate. Près de 19 milliards d’euros ont déjà été émis (contre 17,75 milliards sur l’ensemble de 2014). « C’est un des grands thèmes du marché euros depuis 2013, rappelle Felix Orsini. La nouveauté, cette année, est une accélération dans la diversification des secteurs. » Désormais, des entreprises pétrolières ou gazières, de communication ou du secteur aérien émettent ce type de dette. Ce marché devient aussi plus profond car certains émetteurs viennent de façon opportuniste pour compléter leur structure de dette et pas seulement pour soutenir leur rating.

Cette dynamique d’émission n’est pas près de s’essouffler, selon les stratégistes crédit d’UBS : « Nous prévoyons désormais 600 milliards d’euros d’émissions sur l’année, soit 20 % de plus qu’en 2014. Les non-financières contribuant en grande partie à cette forte croissance. » Ils anticipent 100 milliards d’émissions high yield (+28 %) et 275 milliards (+22 %) d’investment grade non financières, et jusqu’à 140 milliards et 300 milliards, respectivement, si le quantitative easing (QE) de la BCE a le même effet sur le marché primaire en euros que les QE 2 et 3 de la Fed sur son homologue en dollars, notamment une augmentation des opérations de fusions-acquisitions parallèlement au développement des émissions obligataires. Felix Orsini voit également dans les refinancements M&A un véritable levier pour le marché primaire obligataire en euros. « L’essentiel de l’activité est aujourd’hui aux Etats-Unis mais les refinancements M&A commencent à revenir sur le marché euros, souligne-t-il. Ils ont représenté 12 % des émissions au premier trimestre, contre 11 % en 2014 et seulement 5 % les années précédentes. » Mais le banquier de SG CIB met en garde sur le calendrier à court terme avec un mois de mai offrant peu de fenêtres d’émission.

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