Les investisseurs continuent de parier sur les actions

le 23/07/2015 L'AGEFI Hebdo

Dans l’attente sur fond de crise grecque et de krach chinois, ils privilégient les valeurs de la zone euro, malgré un regain de volatilité.

Les investisseurs continuent de parier sur les actions
Deutsche Börse à Francfort.
(Bloomberg)

Après une première partie d’année houleuse (krach obligataire, défaut grec, correction des marchés chinois…), les investisseurs abordent le second semestre en position d’attente. Certains ont opté pour un renforcement des liquidités. « Si le monétaire en euros ne peut en aucun cas constituer un placement, du fait de taux nuls ou négatifs, il permet de se positionner pour un regain probable de volatilité puis, à terme, pour saisir les opportunités qui en sortiront », indique Bernard Aybrand, directeur de la multigestion chez Invesco AM. Moins que la crise grecque ou l’anticipation d’une hausse des taux d’intérêt aux Etats-Unis, c’est la flambée du marché actions qui a incité le gérant à effectuer cet arbitrage. Au plus haut à la mi-avril, les valeurs de la zone euro ont progressé de 22 %. D’autres, comme Franck Nicolas, directeur investissement et solutions clients de Natixis AM, ont préféré rester investis. « Il est difficile de gérer le ‘timing’ du marché avec des événements perturbateurs comme la crise grecque, explique-t-il. Dès qu’il y a une amélioration, le marché s’envole et on peut payer cher le fait d’être sous-exposé. C’est ce à quoi nous avons assisté ces derniers jours. » Son allocation répond à la fois à ses vues de moyen terme (avec une préférence pour les actifs risqués) et de court terme qui a permis de traverser la crise grecque. « Les difficultés se profilant, nous avons alors diversifié notre poche actions au profit des Etats-Unis et du Japon, réduit le poids des valeurs moyennes, couvert nos positions avec des options sur l’EuroStoxx et diversifié la poche crédit en revenant sur le ‘high yield’ américain », poursuit ce dernier. La crise grecque à peine digérée, un autre risque se profile, celui d’une probable hausse des taux aux Etats-Unis. « Or le marché n’est pas prêt, note Vincent Chailley, directeur des investissements de H2O AM. Les taux courts n’attribuent qu’une faible probabilité à une hausse de taux cette année. Pire, ils anticipent une trajectoire lente et un point final autour de 2 %. C’est une conduite pour le moins dangereuse après sept années de taux zéro et d’injections massives de liquidités. » Tout dépendra toutefois du rythme de la normalisation que le consensus envisage progressif.

Les obligations trop chères

Au-delà de ces mesures tactiques, une majorité d’investisseurs parient sur le retour de la croissance et restent positionnés sur les actions au détriment des obligations jugées trop chères. « D’un point de vue fondamental, sans tenir compte de la Grèce, la reprise se confirme en Europe, souligne Pierre Barral, responsable de la gestion de Convictions AM. Cette tendance justifie le maintien de notre surpondération en actions, notamment de la zone euro. » Une reprise tirée par la dépréciation de l’euro, le faible prix de l’énergie et la puissante stimulation monétaire : « Les marges et les bénéfices des entreprises devraient suivre », note ce dernier. Une nécessité car compte tenu des niveaux de valorisation élevés sans croissance bénéficiaire, les actions devraient avoir du mal à performer. Les titres américains se paient plus de 18 fois les bénéfices estimés pour les douze prochains mois et les autres marchés développés plus de 15 fois. « Les actions américaines sont chères compte tenu d’un ‘momentum’ bénéficiaire défavorable, précise Alexandre Attal, gérant chez Russell Investment France. Les actions émergentes sont les moins chères mais cela ne justifie pas un achat compte tenu des risques sous-jacents. Les valeurs européennes sont correctement valorisées mais elle profitent de perspectives de résultats plus favorables. » « Ces niveaux de valorisation pourront rester acceptables dans la mesure où les bénéfices seront effectivement au rendez-vous, d’autant que les attentes restent également élevées pour l’année 2016, avec des croissances à deux chiffres attendues », prévient Bernard Aybran. Les bénéfices sont attendus en hausse de 13 % dans la zone euro et de seulement 1 % aux Etats-Unis.

Pour autant, il n’y a pas eu de véritable rotation des obligations vers les actions. L’un des actifs les plus joués par les investisseurs en Europe, principalement pour des raisons réglementaires, reste l’obligataire, paradoxalement. « Les rendements des obligations d’Etat sont faibles à travers le monde et exposent aujourd’hui les investisseurs à un risque de perte en capital sans précédent », estime Malik Haddouk, directeur de la gestion diversifiée de CPR AM. Ce qui explique le regain de volatilité sur la classe d’actifs et la concentration des positions sur les dettes périphériques, le crédit investment grade et le high yield, qui offrent des rendements plus élevés et profitent non seulement de l’amélioration de la conjoncture mais aussi du soutien de la Banque centrale européenne. Un risque d’autant plus élevé que, outre la faiblesse des taux, les investisseurs doivent désormais prendre en compte dans leurs choix d’allocation la faible liquidité du marché secondaire.

L’étroitesse du marché affecte aussi les Bunds et les Treasuries

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