L'avis de... Michala Marcussen, chef économiste chez Société Générale CIB

« Il serait risqué pour la Fed de ne pas relever ses taux cette année »

le 23/07/2015 L'AGEFI Hebdo

« Il serait risqué pour la Fed de ne pas relever ses taux cette année »
Michala Marcussen, chef économiste chez Société Générale CIB
(DR)

La crise grecque a-t-elle influé sur vos prévisions de croissance en zone euro ?

Certes, cette crise est loin d’être résolue et le risque de « Grexit » n’a pas totalement disparu. Néanmoins, dès qu’elle ne fera plus les grands titres, le marché va s’intéresser à nouveau à la dynamique de croissance en Europe. Bien sûr, la reprise est lente. Mais elle est là et c’est un élément positif. Nous anticipons une croissance de 1,5 % cette année et en 2016. Si la baisse de l’euro aide les exportateurs, son effet est moindre que par le passé car la croissance mondiale est moins dynamique et devrait le rester. Le vrai moteur est celui de la consommation grâce aux gains de pouvoir d’achat tirés de la baisse des prix du pétrole. L’amélioration des conditions de crédit et une moindre contrainte budgétaire contribuent aussi à cette dynamique.

Un des risques sur les marchés va être la normalisation de la politique monétaire aux Etats-Unis. Quel est votre scénario ?

Les taux des Fed funds devraient augmenter de 25 points de base en septembre. Janet Yellen, la présidente de la Réserve fédérale, continue d’envoyer des signaux dans ce sens. Le marché de l’emploi poursuit son amélioration. Bien sûr, les salaires progressent légèrement. Mais la Fed n’a pas besoin d’une forte accélération pour passer à l’acte. D’autant qu’il faut mettre ce mouvement en perspective. Il ne s’agirait que d’une hausse de 0 % à 0,25 %. Ce n’est pas un cycle de resserrement violent. La normalisation devrait être très progressive. Le risque serait plus important s’il n’y avait pas de normalisation et que les salaires commençaient à accélérer. Le marché ferait alors le resserrement à la place de la Fed.

Cela ne risque-t-il pas d’affaiblir les marchés émergents ?

Plus que cette normalisation, c’est le ralentissement chinois qui affecte aujourd’hui la croissance mondiale et donc les marchés émergents. Le sujet est d’autant plus brûlant que la chute du marché actions, si elle se poursuit, risque de peser non seulement sur l’activité en Chine à court terme mais aussi sur le processus de réforme à moyen terme. Cela dit, le ralentissement chinois est structurel et directement lié au changement de modèle économique. Tous ces bouleversements nécessitent, aujourd’hui, d’analyser les marchés émergents différemment. On ne peut pas traiter de la même façon l’Europe de l’Est – qui bénéficie des programmes d’investissement de l’Union européenne, de la reprise dans la zone euro et qui dépend peu de la Chine – et l’Amérique latine.

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