En retard, la Riksbank cherche à enrayer la déflation en Suède

le 17/07/2014 L'AGEFI Hebdo

La banque centrale suédoise vient d’abaisser son taux directeur à 0,25 %. Il lui est reproché d’avoir tardé et de s’être trop focalisée sur le risque immobilier.

Souvent citée comme un exemple d’économie vertueuse, la Suède est aujourd’hui au bord de la déflation. L’inflation moyenne est proche de zéro depuis deux ans. Pis, le pays a connu plusieurs mois de baisse consécutive des prix début 2014 et mi-2013. En réaction, la Riksbank, la banque centrale, a réduit fortement son principal taux directeur lors de sa dernière réunion début juillet. « C’est une décision logique en réponse au niveau bas de l’inflation, constate Ulf Torell, gérant et stratégiste macro chez Alfred Berg Suède (BNPP IP). Elle a réduit plus qu’attendu son taux ‘repo’ de 50 points de base à 0,25 %. » Une façon de ne pas se voir reprocher qu’elle n’en avait pas fait assez. De fait, la Riksbank est au centre des critiques. Certains la tiennent pour responsable de la situation actuelle en raison des décisions de politique monétaire (par le biais des taux directeurs) prises au cours des dernières années.

Décisions à contre-courant

Quand l’activité économique s’est rapidement reprise après la crise de 2008, la Riksbank a commencé à relever ses taux d’intérêt, à contre-courant des décisions prises par d’autres banques centrales, pour brider la montée de l’endettement des ménages et combattre le risque de bulle sur les prix immobiliers. De mi-2010 à mi-2011, la banque centrale a relevé son principal taux directeur de 0,25 % à 2 %. Dans une tribune publiée en avril, le prix Nobel d’économie Paul Krugman a ouvertement critiqué ces décisions contra-cycliques qui risquaient de faire basculer le pays dans une déflation à la japonaise. Pour ce dernier, qui parle de « sadomonétarisme », ces remontées de taux ont nui à l’économie suédoise. « La recherche de valeurs refuges a impliqué une appréciation substantielle de la couronne suédoise et concomitamment une faible inflation [par le biais de l’inflation importée, NDLR]. Par ailleurs, le taux de chômage s’est stabilisé aux alentours de 8 % depuis trois ans, ce qui est élevé par rapport à l’histoire récente de la Suède », explique Bastien Drut, analyste dans l’équipe stratégie et recherche économique d’Amundi, pour qui il était urgent que la banque centrale agisse, d’autant que les anticipations d’inflation sont de plus en plus basses.

« Avant tout, la banque centrale a agi pour des raisons politiques et non économiques », estime pour sa part Thomas Thygesen, responsable de l’équipe stratégie d’investissement cross asset chez SEB. Les élections législatives auront lieu en septembre. Pour le stratégiste de SEB le risque de déflation en Suède est très différent de celui qui pèse sur d’autres pays en Europe. Il rappelle que les salaires continuent de progresser plus vite que l’inflation, ce qui accroît le pouvoir d’achat des ménages, que l’investissement repart et que la situation des finances publiques est saine. La croissance économique a de quoi faire pâlir ses partenaires européens. Elle s’est élevée à 1,6 % l’an dernier et, malgré la récente révision en baisse des prévisions du gouvernement, elle est prévue à 2,5 % cette année.

De leur côté, les économistes de Nordea Investment Funds rappellent que le CPIF – l’inflation hors effets des évolutions des taux d’intérêt : une meilleure mesure de l’évolution des prix dans le contexte actuel, selon eux – montrait une inflation annuelle de 0,8 % en juin. Une hausse des prix que les mesures prises par la Riksbank pourraient faire repartir, estiment-ils. La banque centrale a indiqué qu’elle pourrait encore agir sur les taux directeurs. Mais outre une marge de manœuvre réduite, n’a-t-elle pas réagi trop tard ? 

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