L'avis de... Gilbert Cette, directeur des études microéconomiques et structurelles de la Banque de France, professeur d'économie associé à l'Université d'Aix-Marseille*

« La diffusion des nouvelles technologies s’est arrêtée »

le 18/09/2014 L'AGEFI Hebdo

 « La diffusion des nouvelles technologies s’est arrêtée »
Gilbert Cette, directeur des études microéconomiques et structurelles de la Banque de France, professeur d'économie associé à l'Université d'Aix-Marseille*
(DR)

Pourquoi les gains de productivité liés aux technologies de l’information et de la communication (TIC) ralentissent-ils ?

D’une part, les gains de performances productives de ces technologies ralentissent. Ceux-ci sont principalement liés au nombre de transistors qu’un microprocesseur peut contenir. Suivant la « loi de Moore », ce nombre a doublé tous les deux ans environ du début des années 60 jusqu’au début des années 2000, avec une accélération au milieu des années 90. Depuis, cette amélioration des performances ralentit du fait des contraintes physiques. Des chercheurs américains indiquent que ce ralentissement pourrait aussi être dû au fait que les efforts de R&D de cette industrie se sont principalement attachés à réduire la chaleur émise par les puces. D’autre part, la diffusion des TIC dans les pays non américains s’est faite avec un certain retard (sauf au Royaume-Uni), et s’est même arrêtée. Deux facteurs l’expliquent : le niveau d’éducation plus faible de la population en âge de travailler, et des rigidités sur le marché des biens et le marché du travail.

L’économiste Robert Gordon estime que ce ralentissement devrait perdurer. Vous n’êtes pas de cet avis...

Non, une nouvelle vague de gains de performance des TIC devrait émerger dans les prochaines années, associée d’abord à la fabrication et à la diffusion de puces 3D, puis des « bio-chips », et enfin, dans un avenir plus lointain, à l’électronique quantique. Cette révolution technologique induirait une nouvelle vague de croissance de la productivité, peut-être même plus importante que la précédente. S’ils adoptaient des réformes structurelles ambitieuses, dans le domaine éducatif, sur le marché des biens et le marché du travail, les pays européens et le Japon pourraient rattraper leur retard en matière de diffusion des TIC et bénéficier d’une accélération de la productivité, ainsi que de la seconde vague des TIC.

*«Does ICT remain a powerful engine of growth?», document de travail n°476, Banque de France, février 2014

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