L'avis de... Eberhard Unger, économiste au cabinet de conseil Fairesearch

« La croissance potentielle est plus faible qu’en France »

le 13/11/2014 L'AGEFI Hebdo

« La croissance potentielle est plus faible qu’en France »
Eberhard Unger, économiste au cabinet de conseil Fairesearch
(DR)

Quelles sont les causes de l’arrêt de la croissance allemande depuis l’été ?

Compte tenu de la forte dépendance de l’économie allemande aux exportations, nous assistons en ce moment à un effet de ricochet du ralentissement de la croissance mondiale, en premier lieu en Europe qui absorbe un peu plus de la moitié du commerce extérieur allemand. Parallèlement, l’industrie allemande est touchée par la guerre en Ukraine et les sanctions contre la Russie. Au-delà, nous ressentons aussi les effets d’un nouveau protectionnisme aux Etats-Unis (« buy american act ») et en Chine. Nous subissons donc une série de facteurs négatifs auxquels j’ajouterai les perturbations sur le marché des changes. Car ni l’Europe, ni les Etats-Unis et encore moins la Chine ne veulent d’une monnaie trop forte.

Au-delà de ces effets conjoncturels, l’économie allemande n’est-elle pas confrontée aussi à des problèmes structurels ?

En dépit de la baisse continue du chômage, l’Allemagne souffre d’un problème de sous-emploi. De nombreux salariés ne travaillent qu’à temps partiel alors qu’ils travailleraient volontiers davantage. De plus, nous constatons, pour une part importante de l’économie, un bas niveau de salaires, avec des rémunérations inférieures au nouveau salaire minimum horaire de 8,50 euros. Enfin, si vous regardez l’évolution des salaires réels, une majorité des salariés les moins bien payés, notamment dans les services, sont moins bien rémunérés qu’il y a quinze ans. Plus grave encore est le vieillissement de la population et le manque d’une main-d’œuvre jeune dans de nombreux secteurs. Par conséquent, la croissance potentielle de l’Allemagne est plus faible qu’en France qui a une population plus jeune.

Que peut faire la politique pour relancer la croissance ?

L’Allemagne subit actuellement une forte pression pour relancer ses investissements qui sont effectivement en deçà de ce qui se pratique dans les autres pays industriels. Vu l’expérience des cinquante dernières années, je considère que cette politique de l’offre financée par emprunt pour faire redémarrer l’économie s’est soldée par un échec. Car le « déficit spending » tout droit issu des idées de Keynes et pratiqué pendant des décennies est responsable du gigantesque problème d’endettement auquel nous devons faire face en Europe et aux Etats-Unis, sans pour autant résoudre le problème de la croissance et de l’emploi. Au lieu de poursuivre cette spirale d’endettement, la classe politique ferait mieux de s’attaquer aux problèmes structurels et de soutenir de la sorte la politique monétaire de la Banque centrale européenne qui arrive au bout de ses limites.

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