Bruxelles prêt à lever la tutelle d'Athènes

le 15/01/2015 L'AGEFI Hebdo

Aménagement des dettes existantes et programme de précaution « allégé » : les conditions sont réunies pour échapper au « Grexit ».

Bruxelles prêt à lever la tutelle d'Athènes
La crise grecque : 1/4 du PIB détruit, un taux de chômage de 25,8 % et une baisse de moitié du pouvoir d’achat (sur la photo, le parlement)
(Bloomberg)

A l’approche des élections du 25 janvier en Grèce, Alexis Tsipras, président de Syriza, la coalition de la gauche radicale, a relancé les spéculations sur une sortie de son pays de la zone euro en cas de victoire de son mouvement. Favori des élections législatives, il a demandé un moratoire sur la dette du pays, son annulation partielle, la sortie de la purge d’austérité qu’il traverse depuis cinq ans et son affranchissement de la tutelle de la troïka. Après deux programmes de sauvetage, la dette publique est aujourd’hui de 321 milliards d’euros (179 % du PIB) dont 80 % est détenue par la troïka (sur 220 milliards, 142 milliards reviennent au Fonds européen de stabilité financière FESF –, 31,8 milliards au Fonds monétaire international – FMI – et 53 milliards de prêts bilatéraux).

Dans les milieux européens, toutefois, on veut croire qu’il n’y a rien – ou presque – qu’un prochain gouvernement grec, même dirigé par Alexis Tsipras, ne puisse obtenir pour sortir la tête haute d’une négociation avec Bruxelles. Les marges de manœuvre existent pour que « le gouvernement soit en mesure de montrer qu’il y a un réel progrès pour la Grèce », explique une source européenne. D’abord, les conditions d’un soutien financier assorti d’un contrôle moins intrusif sont réunies. En décembre, les ministres des Finances de la zone euro se sont à nouveau dits « disposés favorablement » à l’ouverture d’une ligne de crédit dite ECCL (Enhanced Conditions Credit Line), un instrument du Mécanisme européen de stabilité (MES), qui n’a encore jamais été utilisé. « La conditionnalité de l’ECCL sera forcément moins lourde et détaillée, très différente de la longue liste de micro-mesures » établie jusqu’ici par la troïka, explique une source européenne. « On va changer de mesure de surveillance. Ce ne sera plus la troïka. Ce sera plus léger », indiquait récemment un haut responsable de la Commission qui évoque un « dialogue plus souple » basé sur « une vingtaine de sujets politiques majeurs ».

Facteur facilitant, l’argent est déjà là… dans les livres du Fonds de stabilité financière grec (HFSF) sous la forme d’obligations du FESF. Le FMI pourrait suivre ce mouvement d’assouplissement de la conditionnalité en convertissant les moyens restants dans ce second plan grec en crédit de précaution. Les 10 milliards non utilisés pour la recapitalisation bancaire, ajoutés aux 16 milliards encore disponibles auprès du FMI, suffiraient à couvrir les besoins de financement du pays en 2015 estimés dans plusieurs notes bancaires à 17 milliards, offrant une garantie aux investisseurs.

Marges de manœuvre

Selon les calculs du Mécanisme européen de stabilité, les conditions faites dans le cadre des prêts accordées par la FESF font économiser à Athènes 8,6 milliards d’euros par an, soit 4,7 % de PIB, par rapport à un financement de marché « normal ». Et le reversement, par les banques centrales européennes, des plus-values sur le papier grec qu’elles ont ramassé au pire moment de la crise rapporte 1,8 milliard d’euros aux finances publiques grecques. De quoi démonter les arguments de ceux qui à Athènes, depuis des mois, estiment qu’un retour pur et simple sur le marché est préférable (le taux grec à 10 ans a dépassé 10 % le 7 janvier !), y compris en termes de coût de financement, au maintien d’un soutien européen.

Condition pour passer à cette nouvelle étape, la conclusion du deuxième programme, prolongé en décembre jusqu’à fin février, n’est pas hors de portée, veut-on croire à Bruxelles. Certes, les experts de la Commission et du FMI considèrent toujours que le projet de budget 2015 pêche par excès d’optimisme. Mais « les Grecs soulignent avec raison qu’au cours des deux années passées, ce sont leurs prévisions qui se sont vérifiées », admet une source européenne. En 2013, Athènes avait dégagé un excédent primaire de 700 millions d’euros (0,4 % de PIB) et vise 1,6 % de PIB en 2014.

Enfin, si une restructuration en grand de la dette existante semble difficile à imaginer, compte tenu de l’opposition des pays créanciers du Nord, des marges de manœuvre peuvent encore être exploitées. Athènes bénéficie déjà en partie des réaménagements négociés à l’arraché en novembre 2012 entre ministres de la zone euro, tels que l’allongement des maturités des prêts du FESF et le moratoire d’intérêt sur 10 ans. D’autres n’ont pas été utilisés comme l’allongement de 15 ans de la maturité des prêts bilatéraux et la réduction de 100 points de base de leur taux. De quoi dégager des marges budgétaires supplémentaires… « Si tout le monde s’assoit autour de la table avec la tête froide, on s’apercevra qu’il y a une large base commune pour arriver à une solution négociée », assure une source européenne.

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