L'avis de... Jacques Blot, ancien diplomate et conseiller de Convictions AM

« Berlin craint une contagion politique en Europe du Sud »

le 15/01/2015 L'AGEFI Hebdo

« Berlin craint une contagion politique en Europe du Sud »
Jacques Blot, ancien diplomate et conseiller de Convictions AM
(DR)

A la différence de 2010, les mécanismes de sauvetage existent. Sont-ils opérationnels ?

Oui, le MES (Mécanisme européen de stabilité) dispose d’une première partie de capital libéré de 80 milliards d’euros. En cas d’urgence, du capital supplémentaire peut être appelé. Rappelons tout de même que le traité MES prévoit, quel que soit le mode d’intervention, une stricte conditionnalité et que pour parvenir à un protocole d’accord, il y a une procédure stricte à suivre : demande d’assistance de l’Etat concerné, examen des besoins et du risque par les autorités européennes, etc. Dans le cas présent, il s’agit de savoir si les conditions politiques pour son utilisation sont réunies. A mon sens, Alexis Tsipras du parti Syrisa a assoupli sa position et son programme se rapproche désormais de celui d’un parti socialiste d’opposition traditionnel. Il a dégagé une marge de négociation. En face, il y a l’Allemagne, à la culture empreinte de juridisme avec une interprétation pointilleuse des traités. Avec la Cour de Karlsruhe et le Bundestag, l’Allemagne ajoute de la conditionnalité à la gestion des crises.

Les règles de conditionnalité peuvent-elles être assouplies ?

Le Premier ministre Antonis Samaras a déjà essayé sans succès de sortir du protocole en contournant le problème de la conditionnalité. Pour obtenir une ligne de crédit, il est nécessaire de respecter les engagements pris au préalable. C’est tout le problème d’Alexis Tsipras qui a promis des hausses de salaires et des retraites dans un pays exsangue sur le plan social. Comment financer ces promesses ? Un autre problème est la contrainte de temps avec un calendrier électoral et politique étroit. Les élections le 25 janvier, la réunion de la Chambre le 5 février et peu de chances d’avoir un président de la République dès le premier tour. Pas plus Syriza que Nouvelle Démocratie ne sont assurés de dégager une nouvelle majorité. Or les échéances financières sont fin février.

Les taux longs espagnols et italiens baissent, celui du 10 ans grec s’envole. Le risque de contagion a-t-il disparu ?

Les marchés financiers sont sereins. C’est le risque de contagion politique, mal perçu en France, qui est important. Antonis Samaras en Grèce, Mariano Rajoy, le chef du gouvernement espagnol, et la chancelière Angela Merkel ont en commun d’appartenir à la Démocratie Chrétienne européenne. L’accession de Syriza au pouvoir suivie en fin d’année de l’arrivée de Podemos en Espagne isoleraient Angela Merkel. Berlin craint par-dessus tout une contagion politique en Europe du Sud qui compliquerait singulièrement les négociations en Europe.

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