L'avis de... Irina Velieva, analyste de Standard & Poor’s

« Les banques russes pourraient avoir besoin de nouvelles injections de capital »

le 06/11/2014 L'AGEFI Hebdo

« Les banques russes pourraient avoir besoin de nouvelles injections de capital »
Irina Velieva, analyste de Standard & Poor’s
(DR)

Quelles sont les conséquences de la crise ukrainienne sur les banques russes ?

La crise impacte les banques de trois manières. D’abord, certaines banques sont exposées à l’Ukraine, quoique cette exposition ne s’élève qu’à environ 25-32 milliards de dollars d’actifs, ce qui est limité par rapport au total des actifs du secteur (moins de 2 %) et à son capital (14-16 %). Ensuite, les sanctions occidentales restreignent l’accès des banques aux marchés de capitaux étrangers, notamment européens. C’est l’ensemble du secteur, et pas seulement les banques sanctionnées, qui est affecté. Cela dit, leurs besoins de refinancement sont limités : environ 57 milliards de dollars de dette externe en 2014-2015, ce qui peut être couvert grâce à leurs réserves de liquidités et parce que la demande de crédit ralentit. Cependant, plus les sanctions durent, plus les déséquilibres de financement deviendront importants. Enfin, les sanctions arrivent au moment où l’économie russe ralentit, ce qui affaiblit leur rentabilité (les bénéfices nets en 2014 seront divisés par deux par rapport à 2013), leur capital et leur capacité à financer l’économie. Il faut savoir que le crédit bancaire est la source de financement de l’économie la plus importante. Les marchés de titres ne sont pas assez larges et profonds, surtout à cause du manque d’investisseurs institutionnels.

Les autorités devront-elles soutenir les banques ?

Les banques sont correctement capitalisées – mais pas fortement. Elles peuvent résister à une dégradation modérée de la qualité de leurs actifs, mais si le gouvernement exige qu’elles augmentent leur soutien à l’économie, elles auront besoin de nouvelles injections de capital. Nous nous attendons à ce que le gouvernement les soutienne directement ou indirectement. La banque centrale fournit déjà des fonds au secteur à des fins de liquidités, grâce à de nouveaux outils, même en devises. Son financement a progressé et atteint désormais 10 % du passif des banques (contre 13 % au plus fort de la précédente crise de liquidités en 2009). La dépendance grandissante des banques envers le financement de la banque centrale montre qu’elles ne sont pas capables de maintenir un modèle d’activité auto-financé, et ont besoin d’une assistance permanente pour maintenir leurs volumes d’opérations. Cela dit, la capacité de la banque centrale à leur fournir des liquidités n’est pas infinie, en dépit des réserves importantes du pays.

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