La Société Générale victime des failles de son système de contrôle

le 25/01/2008

Les raisons données par la banque pour expliquer une fraude de 4,9 milliards d'euros laissent plus d'un observateur perplexe

C’est une fraude colossale à 4,9 milliards d’euros qui jette le discrédit sur les systèmes de contrôle de la Société Générale et ferait presque oublier la perte similaire de 250 millions essuyée par Calyon en septembre dernier. Dans une maison qui a bâti une réputation mondiale sur les dérivés actions, et qui a fait du corps de contrôle de l’inspection générale une voie royale pour ses futurs dirigeants, les explications données hier par le groupe laissent plus d’un banquier perplexe.

Officiellement, les faits sont imputables à un trader isolé de 30 ans, en poste à Paris, passé à l’arbitrage de futures sur indices en 2005 après avoir été embauché en 2000 dans les back-offices. Courant 2007, cet opérateur dont la rémunération annuelle était inférieure à 100.000 euros aurait commencé à prendre des positions directionnelles sur les indices actions européens hors de ses limites, qu’il compensait par des positions opposées et fictives afin de passer inaperçu. Ces paris à la hausse sont restés gagnants ou à l’équilibre jusqu’au 18 janvier dans l’après-midi, date à laquelle le groupe les a découverts. La Société Générale a alors décidé de les solder entre le 21 et le 23 janvier, au prix d’énormes pertes: des débouclages qui ont contribué à peser sur les Bourses européennes.

Durant tout ce temps, le trader n’aurait pas encaissé un centime, et échappé à tous les contrôles grâce à sa parfaite connaissance des mécanismes du back-office. «Il ne semble pas qu'il ait profité de cette gigantesque fraude», a indiqué Daniel Bouton, PDG de la banque. «Il me paraît impossible qu'il ait pu travailler avec des complices» a ajouté Jean-Pierre Mustier, patron de SG CIB.

Beaucoup d’observateurs se demandaient pourtant hier comment un seul homme a pu cacher aussi longtemps de telles positions, qui, vu l’ampleur des pertes, devaient dépasser les 40 milliards d’euros. Car les marchés de futures sur indices sont réglementés et centralisés, et donnent lieu à des appels de marge quotidiens, que la position soit gagnante ou perdante. «Il y a donc des flux de trésorerie entre le clearer et le marché central. Normalement, ce dernier a dû voir la position. Sur ce genre de marchés, de nombreuses personnes sont impliquées, et donc de nombreuses traces subsistent», explique un professionnel du secteur. Et si un homme seul a pu quand même déjouer tout ces contrôles, c’est l’ensemble du système qu’il faut alors revoir.

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