L'appétit des fonds fait flamber les matières premières

le 11/01/2008

Pour la Société Générale et Natixis, l'envolée des prix est liée aux paris des investisseurs bien plus qu'à la demande

Depuis la crise de l’été, l’indice GSCI du prix des matières premières a augmenté de 32 %, sans commune mesure avec l’évolution de la demande. Pour plusieurs observateurs, la raison est claire : les autres classes d’actifs étant chahutées, les investisseurs se sont massivement reportés vers le pétrole ou les métaux. D’autant qu’à l’image de l’or, le baril est devenu en 2007 un très bon instrument de couverture contre la faiblesse du billet vert. « Les investisseurs jouent cette corrélation en faisant monter le pétrole car ils anticipent une baisse du dollar », explique Frédéric Lasserre, patron mondial de la recherche matières premières à la Société Générale.

Les matières premières, en tant que premier élément de la hausse récente de l’inflation, sont aussi un moyen logique de se protéger des effets de cette dernière. Au point que Patrick Artus, directeur de la recherche économique de Natixis, évoque un « cercle vicieux de l’investissement ». « La hausse de l'inflation réduit la marge de manœuvre des banques centrales pour baisser les taux d'intérêt, et ceci accroît encore l'inquiétude des investisseurs qui (…) se reportent encore davantage vers les matières premières », souligne l’économiste.

Si l’influence des acteurs financiers sur les prix est visible – des pics successifs suivis de dégonflement montrent que les fonds ont joué tour à tour la hausse du zinc, du nickel et du plomb – il reste difficile de la quantifier précisément. L’encours total investi sur les indices matières premières est tout de même passé de 100 à 150 milliards de dollars entre début 2007 et début 2008, effet de marché inclus. La repondération de cette classe d’actif dans les portefeuilles explique aussi la flambée du prix des métaux depuis le 2 janvier alors même que les perspectives économiques mondiales se dégradent. « Aujourd’hui, 250 hedge funds traitent les matières premières de manière active. Ils n’étaient que 50 il y a quatre ou cinq ans », ajoute Frédéric Lasserre.

Ces facteurs tendent donc à relativiser le discours ambiant sur la pénurie de matières premières liée à la demande des pays émergents. « Le taux de croissance de la demande de pétrole, Chine et Inde incluses, n’a été que de 1,2 % en 2007, moins que la moyenne des dix dernières années ! », fait ainsi valoir Frédéric Lasserre, et le ralentissement devrait se poursuivre en 2008.

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