D’une drogue à l’autre

le 24/01/2008

Si Ben Bernanke pensait se donner de l’air en abaissant de trois quarts de point le taux des Fed funds, il s’est bien trompé. Au vu des réactions sur les marchés de taux et d’actions hier, on peut même dire que sa main ne s’est pas renforcée, bien au contraire. La chute des marchés d’actions et le rush vers les produits de taux sans risque dans un mécanisme classique de «fuite vers la qualité», en privilégiant les maturités les plus courtes possibles, montre que les investisseurs sont persuadés que la Fed devra compléter ce qu’elle a commencé lors de son comité de politique monétaire du 30 janvier. Les indicateurs de marché pointent vers une baisse supplémentaire de 50 à 75 points de base faute de quoi, d’autres journées noires sont à craindre sur les marchés d’actifs. De quoi porter la baisse des taux aux Etats-Unis à 225, voire 250 points de base en cinq mois à peine, soit davantage que ce qui avait été fait après le 11 septembre 2001. De quoi aussi renforcer la réputation de Ben Bernanke qui se dessine déjà, de l’homme qui ne sait pas résister aux pressions des arbitragistes. Sa crédibilité pourrait bien en souffrir, mais il est vrai qu’avec un prédécesseur qui avait toujours veillé à répondre aux exigences des marchés, le nouveau patron de la Fed n’a pas vraiment le choix. Si l’inflation fut, en son temps, une drogue, le laxisme monétaire générateur de bulles financières en est une autre, dont il est tout aussi difficile de s’affranchir.

A lire aussi