La crise du subprime fait tache d'huile

le 01/02/2008

Les décisions de notations de S&P qui ont affecté les titres adossés à de la dette et autres produits structurés (CDO d’ABS et CDO de CDO) représentent un volume de 264 milliards de dollars, soit 35,2 % du volume des CDO suivis par l'agence. Au total, ces actions concernent 534 milliards de dollars de dettes liées au subprime. Dans le même temps, Moody's a estimé un taux de perte moyen pour les crédits liés aux RMBS subprime émis en 2006 entre 14 % to 18 %.

Difficile donc d’être optimiste vu les encours de dettes subprime qui s’élèvent à 1.300 milliards de dollars. « Les pertes liées à la crise du secteur immobilier à risque outre-Atlantique sont estimées de 200 à 400 milliards de dollars », indique Marie-Pierre Peillon, responsable de l’analyse financière et du crédit chez Groupama AM, corroborant ainsi l’estimation de S&P. La spécialiste évoque également des taux de défaut d'environ 40 % sur les millésimes 2006-2007 pour un taux de recouvrement de 50 %.

Surtout, l’extension de la crise des assureurs monoline fait craindre un risque systémique. Le semaine dernière avant MBIA, Fitch avait accéléré les décisions négatives sur les acteurs du secteur monoline en dégradant la notation de Security Capital Assurance de AA à BBB et XL Capital Insurance de AAA de A. Selon Groupama AM, les monolines garantissent 612 milliards de dollars de financements structurés, dont 62,1% d’ABS et 25,3 % de MBS. Sur les 155 milliards de dollars de MBS américains réhaussés, 35 milliards concernent des transactions subprime. Par ailleurs, aux yeux des analystes de JPMorgan, les monolines sont assis sur des pertes pouvant aller jusqu’à 41 milliards de dollars.

Au bout du compte, les retombées de la crise outre-Atlantique en Europe, si elles ont été déjà largement provisionnées par les banques, devraient affecter d'autres acteurs. « Les hedge funds, qui sont de gros porteurs de tranches de CDO risquées, ont déclaré peu de pertes à ce jour », rappelle Marie-Pierre Peillon. Même constat pour les assureurs et les gérants.

Le deuxième effet persistant est de rendre les perspectives de l'industrie de la titrisation peu enthousiasmantes. Ce qui va boucher pendant longtemps l'accès des banques à ce type de financement déconsolidant. Or,  « c'est la titrisation qui a permis de financer la croissance de l'économie ces dernières années », s'inquiète un banquier parisien. Signe des temps, le néerlandais Rabobank, pourtant noté AAA, vient de retenir 30 milliards de RMBS dans son bilan, qu'il compte utiliser comme collatéral avec la Banque centrale européenne si les conditions de marché restent aussi difficiles.

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