La parole à... Matthieu Bailly, gérant chez Octo AM

« Les ETF obligataires peuvent constituer un danger dans le contexte actuel »

le 13/12/2018 L'AGEFI Hebdo

« Les ETF obligataires peuvent constituer un danger dans le contexte actuel »

Matthieu Bailly, gérant chez Octo AM

L’année 2019 sera-t-elle aussi compliquée sur le marché du crédit que 2018 ?

Il est fort probable que le mouvement baissier actuel se poursuive. Ces dernières années, l’afflux de liquidité des banques centrales a provoqué deux phénomènes : d’abord, la baisse des taux et des primes de crédit qui ont poussé beaucoup d’investisseurs à gérer leurs portefeuilles en recherche de rendement plutôt qu’en gestion du risque, allant à la limite de leurs possibilités, notamment sur le high yield aujourd’hui présent dans tous les portefeuilles institutionnels et privés ; puis une masse colossale de liquidités investie par la Banque centrale européenne (BCE) et les grands fonds indiciels ou « benchmarkés » sur le segment obligataire investment grade. Maintenant que la BCE sort du jeu, que la volatilité est forte et les performances significativement négatives, de nombreux investisseurs ont perdu confiance et souhaitent céder leurs positions dans un contexte d’illiquidité importante et de marché à sens unique qui devrait prolonger cette tendance jusqu’à ce que les rendements attirent de nouveaux entrants opportunistes.

Faut-il s’inquiéter du manque de liquidité ? 

Oui, la liquidité est particulièrement dégradée et les masses investies colossales. Cela se traduit par une absence de prix traitables sur le marché. Pour tester le marché, nous avons tenté de vendre une petite ligne senior d’une banque européenne de premier plan et n’avons eu, parmi les 10 contreparties bancaires que nous avons sollicitées, qu’un seul prix, bien en deçà des niveaux théoriques de valorisation. Les situations peuvent être parfois dramatiques, comme pour Kedrion, émetteur italien qui évolue dans le secteur santé. Le prix de valorisation de son obligation 2022 affiché sur les systèmes par les banques est passé de 95 % à 65 % en deux semaines sans aucune information ni publication particulière, ce qui a poussé les investisseurs à céder leurs positions et créer un mouvement autoréalisateur. Cependant, lorsqu’on a souhaité acheter des titres à ces mêmes banques, elles ne proposaient des titres qu’à 95 %, soit une fourchette de négociation de 30 points ! Il y a clairement des excès. Ce risque de liquidité sera exacerbé par les ventes des grands fonds obligataires au fur et à mesure qu’ils subiront l’afflux des rachats de leurs clients. Les ETF (exchange-traded funds) obligataires peuvent constituer un véritable danger dans le contexte actuel.

A lire aussi