Additionner les intelligences

le 18/10/2018 L'AGEFI Hebdo

Additionner les intelligences
(crédit : Pierre Chiquelin)

C’est peu dire que l’intelligence artificielle (IA) soulève l’intérêt dans la gestion d’actifs. Les acteurs français sont parmi ceux qui y accordent le plus de temps et de moyens (lire Horizons, page 12). Le goût de l’innovation, surtout lorsqu’elle est si proche des mathématiques chères aux Français, l’explique sans doute : les institutionnels sont en proportion trois fois plus nombreux qu’à l’étranger à l’avoir déjà intégrée dans leur processus d’investissement. Il est possible que ce chiffre résulte en partie de définitions différentes de l’IA entre les pays ; il montre en tout cas que les professionnels attendent beaucoup de ces technologies très diverses, susceptibles de les aider dans des aspects tout aussi variés de leurs activités. Mais n’en attendent-ils pas trop ?

A entendre les tenants de l’IA, à commencer par les fintech qui prolifèrent, ses applications peuvent remédier à une foule de lacunes qui rendent la vie quotidienne des professionnels de l’investissement fastidieuse, voire ennuyeuse. A chaque problème, son algorithme. Ceux qui s’attachent au traitement automatisé des tâches les plus rébarbatives, résultant souvent d’une réglementation débridée, les intéressent bien sûr au premier chef ; mais aussi les moteurs de traduction automatique, de compilation et de traitement de données, de modélisation, toutes techniques dont le but premier est de réduire les coûts, indispensables sans doute mais insuffisantes par elles-mêmes pour rendre à la gestion active, de loin la plus importante en France, tout son attrait par rapport à une gestion passive à l’offensive. Chacun voit bien de surcroît les risques que comporte l’irruption de l’IA : celui d’opter pour des technologies promises à une obsolescence rapide par exemple, ou de choisir le mauvais prestataire. De plus, le montant élevé des investissements à consentir, la montée en puissance de métiers dont la ressource humaine est rare, chère et délicate à intégrer, au détriment d’autres où elle devient au contraire très vite surabondante, difficile à reconvertir et par conséquent angoissée par son avenir, signifient des risques opérationnels potentiellement douloureux pour l’entreprise.

Enfin, au-delà de la chasse aux coûts, la création d’un surcroît de valeur ajoutée dans les processus mêmes de gestion ou de distribution ne peut résulter que d’une addition d’intelligence humaine à l’intelligence artificielle. Pour être efficace, celle-ci doit être assimilée, digérée et dirigée, pour le service des collaborateurs et tout autant des clients. Il ne suffit pas que les premiers la maîtrisent, encore faut-il pour l’accepter que les seconds la comprennent. Le risque en l’occurrence, comme ce fut tragiquement le cas avant la crise financière, c’est que l’IA conduise à une excessive complexité des produits, à force de raffinement et de sophistication. « Faites simple » est un leitmotiv qui revient sans cesse dans la bouche des investisseurs finaux à l’adresse de leurs gérants. Ceux-ci devraient collectivement en faire leur devise.

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