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L’Europe a besoin d’un gendarme anti-blanchiment

le 10/09/2018

Alexandre Garabedian
(Alexandre Garabedian)

L’Europe ne peut plus rester les bras croisés face au blanchiment d’argent. Depuis le début de l’année, les scandales s’accumulent et prennent en cette rentrée un tour spectaculaire. Le néerlandais ING a dû régler début septembre une amende record de 775 millions pour avoir fermé les yeux pendant des années sur des versements d’argent sale. La banque danoise Danske Bank, quant à elle, n’en finit pas de découvrir l’ampleur des agissements de sa filiale en Estonie. Entre 2007 et 2015, 150 milliards de dollars y auraient été déposés par des clients non-résidents, pour la plupart russes ou ukrainiens, selon le Wall Street Journal. Ces transactions ne sont pas forcément toutes de nature frauduleuse, mais leur ampleur illustre bien la myopie coupable dont la banque a fait preuve, à son insu ou de son plein gré.

Si l’on en arrivé là, c’est que la supervision de la lutte anti-blanchiment reste une compétence nationale dans l’Union européenne. L’information circule mal entre pays, et certains Etats comme Malte, Chypre, ou les pays baltes, n’ont eu ni les moyens ni la volonté de s’attaquer au problème. Cette situation est anachronique à l’heure où la supervision bancaire est unifiée au sein de la Banque centrale européenne. Elle place de surcroît l’Europe à la remorque des Etats-Unis. Ce sont en effet les autorités américaines qui ont dénoncé en début d’année les failles de la banque lettone ABLV, provoquant un électrochoc sur le Vieux continent.

Benoît Coeuré, membre du directoire de la BCE, a donc raison de réclamer, comme il l’a fait vendredi, la création d’un vrai gendarme anti-blanchiment en Europe. Un groupe de travail associant la banque centrale, la Commission européenne et les autorités de supervision financière vient de remettre un rapport en ce sens au Parlement et aux Etats membres. L’Autorité bancaire européenne pourrait se voir confier cette tâche. L’heure est venue pour les pays membres de l’Union de prendre enfin leurs responsabilités et d’accepter ce transfert de compétences.

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