Le Libra ne convainc pas le G7 Finances

le 18/07/2019 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

En l'état actuel du projet, il apparaît douteux que la monnaie digitale de Facebook puisse voir le jour en 2020, comme annoncé au mois de juin.

La réunion du G7 Finances se tient mercredi 17 et jeudi 18 juillet 2019 à Chantilly (Oise).
La réunion du G7 Finances se tient mercredi 17 et jeudi 18 juillet 2019 à Chantilly (Oise).
(Photo A. Massounave)

Il n’est pas certain que les sept principales puissances mondiales puissent parvenir à un consensus sur les questions de fiscalité, qui sont les points les plus sensibles de l’agenda du G7 Finances, réuni hier et aujourd'hui à Chantilly. Mais elles sont toutes déterminées à assortir de conditions strictes la mise en place du Libra, la «stable coin» créée par un consortium de 28 sociétés, sous la houlette de Facebook, totalisant près de deux milliards de clients.

Olaf Scholz, le ministre des Finances allemand, a catégoriquement exclu que Facebook obtienne l’autorisation de lancer sa monnaie avant que toutes les questions légales et réglementaires soient levées. Haruhiko Kuroda, le gouverneur de la Banque du Japon, tient le même discours. «Aujourd’hui, les conditions ne sont pas réunies pour que cette monnaie, telle qu’elle a été présentée par Facebook, puisse être mise en fonction. Nous ne pouvons pas accepter qu’un tel instrument soit mis en place alors qu’il ne respecte aucune des règles prudentielles que nous imposons à toutes les monnaies souveraines», a déclaré le ministre de l’Economie Bruno Le Maire.

Auditionné par le Congrès américain les 16 et 17 juillet, le chef du projet Libra David Marcus n'a pas répondu aux questions des représentants visant, entre autres, à préciser le cadre de supervision futur de la devise, comme du wallet. «Je m’engage devant vous à prendre le temps nécessaire pour régler tous ces points», a été sa réponse la plus fréquente. Il s’est vu reprocher l’absence de discussions préalables avec les autorités de supervision, visant à valider le cadre de supervision d’un projet supranational, basé en Suisse. «La partie consacrée à la réglementation est quasiment vide, a confirmé la présidence française du G7. Des échanges téléphoniques informels ne peuvent suffire à répondre à toutes les questions soulevées. Des échanges précis, par écrit, sont nécessaires.»

L’argument de l’avantage concurrentiel qu’une telle initiative procurerait aux Etats-Unis sur la Chine n’a pas adouci les parlementaires. Ils voudraient que les structures Calibra et Libra soient supervisées par les régulateurs américains, mais échouent à l’heure actuelle à saisir les contours de cet objet digital non identifié.

«Un tel projet soulève de nombreuses questions, qui ne se limitent pas au business model du libra. Les systèmes de paiement, en particulier, vont être appelés à évoluer. Le groupe de travail dirigé par Benoît Coeuré a présenté ses premières conclusions aujourd’hui. Il va poursuivre ses travaux, et publiera un rapport détaillé, assorti de propositions, au mois d’octobre», a expliqué la présidence française du G7.

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